Les images L'itinéraire Le contexte politiqueL’Indonésie : Bali Les coûts en Indonésie En 1976, 1 US $ vaut 415 roupies indonésiennes, ce qui met la roupie à 1,1 de nos centimes (en €, cela ferait 0,2 c ; mais ça n’a guère de signification à cette distance.) Quoi qu’il en soit, une nuit d’hôtel nous coûte généralement l’équivalent de 1 à 2 $, soit moins de 10 F, soit environ 1 €. Mais nos salaires sont alors de 250 €… Lundi 8 mars, Bali, Martine Puspa Beach Inn, 800 rp avec petit déj. pour deux. Impatience d’arriver à Bali , et lassitude Makassar… Gérard (qui déteste l’avion), voudrait être plus vieux de quelques heures {aujourd’hui, cette idée de souhaiter être plus vieux m’emballe moins !}. Le petit Fokker (Friendship) n’emporte qu’une quinzaine de passagers ; le temps se dégage vite, et comme l’avion vole bas et que la cabine du pilote est ouverte {quelle époque ! pas l’ombre d’une inquiétude, atmosphère familiale, Gérard va dans le cockpit parler au pilote…}, la vue est superbe sur les chapelets d’îles : Pulau Paliat et son liseré de sable blanc soulignant le bleu de la mer, des volcans bleutés, puis c’est Lombock , et Bali , dont le sommet est encore encapuchonné. Le reef, les longues vagues déferlantes chères aux « australopithèques », la plage, et l’atterrissage, vécu en direct par le pare-brise du pilote qui a laissé sa porte ouverte. Soulagement de Gérard. L’inévitable « bemo » (becak motor !) nous emporte vers Kuta Beach, qui n’en est qu’au début de sa gloire. Pas un hôtel en vue, mais un petit « losmen » de bois assez propres, même les draps, dont chaque chambre donne sur une véranda où des fauteuils de rotin nous attendent pour le déjeuner : le rêve !… Quel changement, quel plaisir ! On fait illico la connaissance d’un américain d’autant plus sympa qu’il parle français : une variété rare ! On file immédiatement essayer la plage toute proche… Installation, baignade, bronzing, puis repas… Le soir, première visite à Denpasar la ville voisine, environ 50 000 habitants, agréable, mais bruyante comme toute l’Indonésie. Puis une nuit calme, uniquement troublée par quelques cris de geckos… Mardi 9 mars, Bali, Martine. Mark nous guide vers Sanur , où il est possible, paraît-il de voir des coraux. {Les infos touristiques sont balbutiantes, pas d’office de tourisme, et pas d’agences de tours operators. On est obligés de s’en remettre au bouche à oreille, aux « routards » expérimentés…}. Une barque à balancier, louée fort cher {pas de prix noté dans notre carnet} nous conduit, en quelques encablures. Ça s’avère peu convaincant : le courant est fort, l’esquif dérive sans cesse… On met les masques et palmes, et à l’eau. Mais les fonds sont sableux, l’eau trouble, les poissons rares… On n’insiste pas longtemps, car « à chaque instant il se passe quelque chose », et il y a une de ces fameuses cérémonies de crémation balinaise à ne pas manquer… Traditionnelle négociation pour le prix d’un bemo qui nous mène à Mangwli , à 30 km environ. Le cortège suit un grand char de bois orné de milliers de fleurs, et portant le cercueil et la dépouille. Vingt personnes le portent, tandis que le gamelan et les femmes portant des offrandes ferment la marche. Cela n’a rien de funèbre, et si la musique paraît lancinante, elle est gaie, et les participants aussi. Nous ne sommes pas seuls à avoir entendu parler de la cérémonie, et il y a quelques touristes. Mais ici point de formalisme, et le cortège ne se formalise pas de notre présence étrangère. On dépose alors le défunt dans une excavation à même le sol, et chacun dépose sur le corps une offrande : vêtement, nourriture, objets usuels… Tout ce qui peut l’aider dans l’autre vie qu’il entreprend. Un prêtre aux ongles démesurés dit alors des prières, avant que le feu rédempteur soit allumé (à l’aide d’un vulgaire bidon d’essence : ici, le sacré jouxte le profane le plus brut sans la moindre hésitation). Puis la pluie se met de la partie et disperse le cortège ; elle nous accompagne dans le bemo du retour. Le soir, car il ne faut rien manquer, nous allons à un spectacle du traditionnel « Ramayana », accompagné de gamelan. C’est superbe, les danseurs et danseuses nous surprennent par leur beauté et la précision et l’élégance formelle de leurs gestes. C’est gracieux et aérien, et le conte est parfois très réaliste, parfois assez ésotérique. Il faut reconnaître que l’ensemble, si l’on ne connaît pas le récit, est assez incompréhensible. Heureusement, Mark, pour qui tout ça n’a pas de secrets, nous résume : « this young lady wants to mary Rawana », qu’il prononce « Marijuana », en bon adepte de l’herbe à la mode en ces temps… Mercredi 10 mars, Kuta, Martine. Passage obligé (et bien agréable) à Bali : location d’une (petite) moto pour une semaine. A ne coûte que 150 rp, ce qui est bon marché par rapport aux bemos… On va faire la tournée des centres d’artisanat déjà réputés : peinture, sculpture sur bois, tissage, bijoux. Première étape, bien entendu, Ubud . Mais déjà le temps se gâte, c’est ça le climat équatorial ! Au restaurant, nous faisons la connaissance d’un couple de français ; ils terminent une période de coopération en Nelle Calédonie et regagnent la France par le chemin des écoliers. {Jocelyne et Philippe sont restés nos amis depuis tout ce temps, c’est la seule rencontre de ce voyage qui a défié les années. Ils nous font visiter leur Bretagne, nous les accueillons dans les Alpes…}. C’est ensemble, et sous la pluie, que nous découvrons l’art pictural balinais, dont les scènes pullulent de personnages et regorgent d’imagination. Certains travaux sont naïfs voire maladroits, mais d’autres font montre d’une grande maîtrise. On se renseigne sur les prix, mais on ne craque pas. Il faut dire qu’on a déjà acquis des tableaux ce matin à domicile : 5000 rp + 1 jean… Les marchands ne sont pas insistants, d’ailleurs, le commerce est fort agréable ici. Le périple motocycliste dans les paysages balinais se poursuit en compagnie de nos nouveaux amis. Jeudi 11 mars, Kuta, Martine. Temps maussade, pluie intermittente. Pas un temps de motard ! Nous partons néanmoins pour Uluwatu , 20 km au sud ; il faut dire qu’ici, la pluie est chaude… Le temple surplombe la mer, bâti en haut de la falaise. Le décor est saisissant ; nous restons en contemplation devant la mer qui se brise furieusement, loin au dessous de nous. Le temple est habité de petits singes qui viennent quémander quelque nourriture, et nous observons longuement les jeux d’un bébé singe. Nous rentrons, toujours sous la pluie, après avoir visité en chemin un autre temple où des sculpteurs décorent le stuc des façades. Vendredi 12 mars, Kuta, Gérard. Beau temps aujourd’hui pour la balade prévue à Besakih . Et nous voilà donc tous les quatre à nous tanner les fesses durant plusieurs heures (il y a 60 km) en évitant avec brio les poules, les chiens, les vélos, les piétons, et si possible les trous dans la route… Tout au long, la campagne est charmante, les gens souriants, les femmes ont de beaux seins et n’en font pas mystère, et les paysages de rizières sont magnifiques. On y bosse beaucoup. La route s’élève sur le Mont Agung, mais nos Yamaha relèvent le défi. Vaste, le temple est porteur de tous les mystères de l’Orient, avec ses tours à toits multiples montant vers le Nirvanha. Pourtant, rien ici n’est grandiose : les balinais n’ont pas la fibre orgueilleuse des bâtisseurs de cathédrales ; ici tout est à l’échelle humaine, tant par les dimensions que par la durée. On ne vise ici ni à défier le ciel ni à défier le temps. On sait que c’est peine perdue. Partout de petites offrandes, elles aussi modestes : coupelles de feuilles de bambou décorées de fleurs, quelques grains de riz… Nulle ostentation ni fanatisme. Dans la rue d’un village, une femme portant un plateau d’offrandes sur la tête déposait ses présents le long du chemin ; un chien la suivait à dix pas, qui avalait promptement le riz des dieux ou des démons. Sans que quiconque s’en offusque… Un peu de lèche vitrines (si on peut dire, car les échoppes n’en ont guère), quelques achats d’artisanat (couverts sculptés, bijoux : mais où va-t-on mettre tout ça ?) et on se laisse glisser calmement vers un restau, qui s’avère un restau à touristes où nous attendent de « special prices »… La nourriture est quelconque mais le cadre splendide face à une vaste vallée montagneuse où s’étagent les rizières. Le long de la descente, on immortalise de très belles scènes champêtres où posent gentiment de jeunes paysans à qui l’on offre des cigarettes. Quel boulot de titan, le riz ! Et ce n’est pas les buffles qui diront le contraire. Puis c’est l’inévitable rincée de fin d’aprème. A Klungkung , visite du palais du Rajah au plafond décoré d’incroyables peintures. Tortures de l’enfer, pauvres hères dévorés par tous les animaux possibles, empalés sur toutes sortes d’objets ; mais cela semble se passer dans la joie si l’on en juge par les sourires… Samedi 13 mars, Kutah, Gérard Il flotte toute la nuit, et au matin encore. Nous restons donc paresseusement à Kutah. Dès le petit déjeuner, c’est le défilé quotidien des artisans ou supposés tels ; discussions interminables et « I give you special prices » garantis. Oralement. Ce matin, il y a un bel objet en corne travaillée ; le gars en veut 25 000 rp. Au bout d’une heure, à la fin du p’tit déj, on en est à 8 000 rp. Entre temps, Martine a acheté pour 2 000 rp un collier qui avait démarré à 6 000. (Je suis toujours aussi mal à l’aise avec ces affaires de prix. Certes on peut obtenir moins que ce qui est proposé, mais ces chiffres sont dérisoires pour nous et vitaux pour eux… Un jour de notre périple d’occidentaux représente un mois d’une famille ici…). On file à Denpasar poster le courrier sous une pluie battante. On va fondre, ici ! Au grand magasin de souvenirs, un objet en argent payé 1000 rp hier est à 300 rp. Et le bel objet de corne à moins de 8 000. On retrouve les copains au Dayu où le poisson est moins bon que la dernière fois. La pluie ne cessant pas, on passe l’aprème à jouer aux dés. Puis le ciel se dégage, et nous offre un coucher de soleil magnifique, irisé de teintes de rouge et de violet dont les nuages sont enluminés jusqu’au levant ; puis, très bref, LE rayon vert ! Délicieuse et joyeuse soirée cosmopolite (tous les touristes de Kutah) autour d’un « babi guli » accompagné de « nasty putih » (dixit l’inépuisable Mark jamais en mal d’un bon mot), et amplement arrosé de bière. Mark et Steve racontent force conneries, et Karen renverse pas mal de verres… Dimanche 14 mars, Kutah, Martine. Longue journée fertile en événements. Le temps favorise l’exploration ; dès le matin, nous partons pour Denpasar nous renseigner sur les combats de coqs. Un des loisirs favoris en Indonésie. On nous en recommande un qui ne commence qu’à 11 h. Pas glop ! Nous prenons la route de Sangeh , la forêt des singes. Elle est agrémentée de la visite d’un temple parmi tant d’autres : tous tentants, tous bâtis sur le même plan avec ces petits édifices touchants aux sculptures sur stuc ou sur bois à ‘effigie de dieux débonnaires ou de démons terrifiants. Partout les corbeilles de paille des offrandes soigneusement ordonnées. La forêt des singes est une halte amusante : dès notre arrivée, une multitude de « bandar logs » nous assaillent, quémandant des cacahuètes, parfois avec une grande insistance ! ils viennent même se servir directement dans nos poches ou dans nos sacs, et repèrent de loin les précieuses graines. Celui qui en détient ne sera pas quitte tant qu’il n’aura pas tout distribué ; et pas de résistance possible : les plus gros montrent volontiers des canines redoutables… Au temple de Mengwi , nous sommes assaillis par une troupe de jeunes indonésiennes (fort jolies) qui tiennent à faire avec nous des photos souvenirs. Où l’exotisme va-t-il se loger ? Ce n’est pas de refus, surtout pour Gérard qui pose près de la plus belle ! A Belayu , nous arrivons juste à la fin d’une cérémonie de crémation ; dans le brasier achève de se consumer la dépouille du défunt, que les officiants remuent vigoureusement avec de longues perches de bambou. Nous reprenons la route d’Ubud , bien connue, pour y retrouver Mark, Wendy et Steve. Il y a ce soir une grande fête avec danseurs (il est souvent mystérieux de savoir ce qu’on peut bien fêter, et si même il s’agit d’un événement heureux ou triste…) En chemin, nous nous arrêtons pour admirer la répétition d’un gamelan qui accompagne une école de danse ou de beaux jeunes gens rivalisent de précision, d’attention et de grâce. Spectacle toujours aussi enchanteur. {Ce travail, dans les villages, se faisait souvent en public, sur la place…} Pas d’hôtel à Ubud ; nous devrons donc rentrer à Kuta nuitamment après la fin de la fête. A 5 h commence une procession où les femmes ont revêtu leurs plus beaux vêtements et leurs plus beaux bijoux, et portent sur la tête de magnifiques offrandes. Qui d’ailleurs resserviront pour le repas du lendemain après avoir été bénies par un prêtre… Ces échafaudages rivalisent de couleur et d’ingéniosité. Se superposent des fruits, des gâteaux, des friandises de toutes formes. Cela va des plus modestes aux pyramides d’un mètre de haut placées dans des plats d’argent ouvragés. Revêtus de la ceinture traditionnelle, nous pénétrons dans la seconde enceinte du temple. Les offrandes sont disposées, puis viennent les chants, les formules rituelles et bénédictions. Les hommes portent un bandeau sombre brodé d’argent, ou une curieuse toile blanche enroulée sur la tête. Nous partons alors pour une procession qui, en plusieurs heures de marche, doit nous mener au lieu de la danse rituelle. La marche dans la nuit équatoriale, entre rizières et villages, dans le chant sonore des crapauds-buffles, ne manque ni de charme ni de mystère. Autour du lieu de la danse se sont amassés marchands et sorciers ; on peut acheter à boire et à manger, mais aussi des ingrédients non identifiables et inquiétants. Un vieux monsieur à barbiche, assis au sol très droit et très digne, a sorti d’un grand sac des fioles et des bocaux assez louches et peu engageants : serpents, pattes de crapauds, boyaux divers baignant dans des liquides huileux. On nous explique ce qui soigne les maux d’estomac, les rhumatismes… Les jeunes semblent sceptiques et amusés. Les offrandes sont encore plus extravagantes qu’au départ, extraordinaires d’habileté. Nous flânons. Vers 11 h la danse commence, précédée d’un long prélude du gamelan. Se succèdent plusieurs tableaux : danseurs aux masques démoniaques affublés de faux-nez ; jolies danseuses. Ils récitent et chantent de longues histoires, certainement édifiantes, d’une voix suraiguë coupée de trémolos qui ne sont pas sans rappeler les bêlements du mouton… On se presse, on nous bouscule pour être plus près du spectacle. Ici, la « distance de respect » n’est pas celle de l’Europe ! Gérard Avec Philippe, j’entrecoupe le spectacle de parties de dés indonésiens où je perds 25 rp. On s’assoit aussi, car l’interminable position debout, sans cesse dérangés, est fort pénible. On ne comprend pas tout, et c’est bien dommage, car les gens se marrent bien. Narration, gestes fort expressifs, plus libres qu’au Ramayana, et les coups de bâton parfois assénés pour de bon ! Vers 1 h, il commence à faire sommeil, et nous entamons le retour. Je redoute la pluie, mais en moins d’une heure nous sommes à Ubud sans recevoir une goutte, après une marche dans les rizières mystérieusement éclairées par la lune, dans la vibration immuable des crapauds-buffles. Je retrouve la petite Honda, qui démarre docilement, mais la Suzuki de Philippe se fait tirer l’oreille (ah ! le 2 temps…) un quart d’heure. Puis elle cale bien vite. Je crains le pire. Elle accepte de rouler, mais à condition qu’on éteigne les lumières ; alors nous roulons de front, et c’est alors, bien sûr, qu’il se met à saucer d’importance ! A 35 à l’heure, il nous faut une heure pour rallier Kuta sur une route déserte, mis à part, bizarrement, le marché de l’entrée de Denpasar qui bat son plein. Il est 3 h. Lundi 15 mars, Kuta, Gérard Avant dernier jour de moto : il faudrait en profiter ! Mais crevés de la nuit blanche, on se réveille tard, avec une forte envie de ne rien tondre. Virée sur la plage avec Peter et Bill, les surfers australiens. Baignade, puis je tente le surf, sur la planche de Peter. D’abord sans succès. Puis je parviens à démarrer sur le ventre. Peter me confie : apprends d’abord sur le ventre, si tu y arrives, tu pourras essayer à genoux ! Joli programme… Repas et longues discussion tandis qu’il pleut sur la terrasse de Puspa. Je tente une sieste qui me remet d’aplomb. Avec Philippe et Jocelyne, on fonce à Denpasar assister au Kecak puis au Legong . Le premier est extraordinaire : la conviction avec laquelle des dizaines de bras se tendent vers les danseurs, dans le Kecak impressionnant de l’armée des singes ; c’est proprement envoûtant. La seule musique, le seul rythme, sont donnés par les chants et les cris. Le Legong est lui aussi merveilleux, mais cette fois de grâce. Puis c’est la danse Duduk , admirablement interprétée par un jeune homme d’allure équivoque aux roulements d’yeux et aux mimiques démoniaques ; enfin la danse de l’abeille et du bourdon, exécutée par deux jeunes filles dont on ne sait quelle est la plus belle, nous transporte particulièrement. Mardi 16 mars, Kuta, Gérard Dernier jour de moto. Martine a décidé d’en profiter à fond. Nous faisons donc le circuit du temple de Tampaksiring , situé de l’autre côté sur la côte nord. Au programme le « Rocky temple ». Au bas d’un très long escalier de pierre, au fond d’une gorge dont les flancs sont entaillés de rizières, des niches creusées dans la roche sont décorées comme le sont les temples. Nous avons beaucoup de peine à dénicher Tampaksiring, remarquable surtout par ses bois sculptés et peints de ses autels couverts d’offrandes. Les piscines sacrées, dont l’une est alimentée de résurgences, font un bouillonnement de sable. On déjeune de deux œufs frits à l’huile de palme, sucrés… La route du retour est semée de surprises : le temple « au tambour de bronze » de Pedjeng, dont la porte est gardée par deux zélèphes, celui de Pura Kelo Eden , pratiquement pas visité, abandonné et touchant avec ses statues couvertes de mousse ; il abrite la Grande Statue : Bima affrontant les buffles. A Pedjeng aussi, le temple Pura Puseh Ing Gajat , désert lui aussi, avec son grand récipient de pierre étonnamment sculpté, au col plus étroit que le corps. Puis à Kutri , au sommet d’une colline couverte d’une forêt de banyans impressionnants comme des nœuds de serpents, la statuette de la reine Mahendratta, avec sa demi-douzaine de bras armés de symboles improbables. Quelques gouttes de flotte rituelle, et on s’abrite sous un grand banyan en compagnie d’un gamin. On crois quelques processions avec ces beaux oriflammes, gamelan en tête et offrandes sur les têtes des femmes. Plus loin, des types bichonnent fièrement leurs coqs de combat. Martine conduit longtemps avec un certain brio. Le soir, chiche kebab. Mercredi 17 mars, Kuta, Martine. Jocelyne et moi avons fini par attraper un gros rhume au cours de nos longues randonnées sous la pluie… Eh oui ! Même sous l’équateur ! Tarif : une journée au lit. Bien que « docteur guigui » lui-même, Philippe fait venir un médecin car il craint des complications. Jeudi 18 mars, Kuta, Martine. Matinée à Denpasar : il faut se faire vacciner contre le choléra pour la suite du voyage. Ici, ça se fait au dispensaire, et on passe à la chaîne : un infirmier brandit une énorme seringue et pique en série, en changeant d’aiguille une fois par jour ! {Il est vrai que le Sida n’a pas encore été inventé, mais ça ne nous rassure guère tout de même.} Pendant que nous y sommes, nous réservons des places dans le bus de Surabaya (Java) dimanche, et des places sur le bateau de Djakarta à Padang : tout est en place pour la suite… Soirée danses (je n’aurai jamais vu autant de chorégraphie de ma vie !) : Barong et Kriss. Les décors de théâtre sont superbes, rappelant les sculptures des temples, mais les acteurs ne sont guère convaincants ; deviendrions nous difficiles ? Jocelyne et Philippe nous ont quitté au début de l’après midi pour sauter dans leur avion pour Djakarta : sacré vide ! Mercredi 19 mars, Kuta, Martine. On loue des vélos pour aller à Denpasar ; pendant qu’on y est, il faut faire les formalités de prolongation des visas, on a bien l’intention de rester plus du mois alloué ! Connaissant la réputation tatillonne des autorités, nous nous habillons « bien ». Du moins le croyons nous. Parvenus à destination tous mouillés de chaud après 10 km d’efforts, nous nous voyons refuser l’entrée : chaussures indécentes : En effet, nous sommes chaussés de tongs, c’est défendu. Bizarre, c’est ici la chaussure nationale. Mais pas pour le renouvellement de visas. Une allemande qui arbore des nus pieds en cuir a plus de chance. Allez comprendre ? Nous apprenons par ailleurs que le « chef de bureau » s’appelle ici : « Gubernur kepala », c’est fièrement indiqué sur sa porte fermée… (nous en rions encore 30 ans plus tard). La mauvaise humeur ne résolvant aucune formalité, nous rentrons bredouilles et fulminants. {Je réalise maintenant que mon anniversaire était passé à la trappe !} Samedi 20 mars, Kuta, Martine. Denpasar : combat de coqs à 11 h place du marché. Ambiance extraordinaire ! Les paris vont bon train, on dirait le stock exchange de New York ! Les sommes ont souvent importantes. Les « entraîneurs » vantent longuement leur animal de manière truculente, l’excitent en lui rebroussant les plumes ou parfois en lui en arrachant quelques unes. C’est beaucoup plus long que le combat lui-même qui ne dure que quelques minutes, parfois moins lorsqu’il se termine par la mort d’un des adversaires. Mais parfois l’un (poule mouillée ?) refuse le combat et part se cacher derrière les paniers pour échapper à son adversaire. Les spectateurs manifestent leurs sentiments très bruyamment. Le spectacle n’apparaît pas trop cruel, en dépit de l’ergot d’acier impressionnant attaché aux pattes de chacun : les plumes dissimulent les blessures et le sang… Retour à Kuta, baignade, quelques achats. On rencontre un couple de français sympas et digne de confiance à qui l’on confie un gros paquet à ramener au pays… Demain lever très tôt pour le voyage.
Tout notre voyageNotes Les récits proposés ici sont les transcriptions exactes mais non intégrales de nos notes de voyage. Inutile de dire l'émotion (heureuse) ressentie à la relecture de ces carnets amoureusement gardés de déménagement en déménagement... Quelques considérations on été ajoutées lors de la construction du site, 35 ans plus tard. Elles sont entre crochets {}. Nous avons maintenu l'écriture à deux mains, car les styles et les réflexions diffèrent parfois.