Les images L'itinéraire Le contexte politiqueL’Indonésie : Java Les coûts en Indonésie En 1976, 1 US $ vaut 415 roupies indonésiennes, ce qui met la roupie à 1,1 de nos centimes (en €, cela ferait 0,2 c ; mais ça n’a guère de signification à cette distance.) Quoi qu’il en soit, une nuit d’hôtel nous coûte généralement l’équivalent de 1 à 2 $, soit moins de 10 F, soit environ 1 €. Mais nos salaires sont alors de 250 €… Dimanche 21 mars, Ngadisari, Martine Losmen à 1000 rp. Départ à 5 h pour prendre le bus. Dur, le voyage. D’autant que nous quittons Kuta à regrets, quelle douceur de vivre, et que de bons moments ! Mais heureusement, le paysage, jusqu’à Gilimanuk , est absolument magnifique (ici plus qu’ailleurs, il faut profiter du matin, avant les orages). La traversée du bras de mer, en bac, dure trois quarts d’heure. Nous avons choisi d’aller à Probolingo , car nous voulons escalader le mythique Mont Bromo . Ça fera au moins un volcan à notre actif… Marchandage usuel pour le bemo… 600 rp pour monter à Ngadisari, village qui est au Bromo ce qu’Ailefroide est au Pelvoux. La route ne va pas plus loin. C’est la fin de l’après midi, le paysage montagneux est magnifique, clair. Les pentes vertigineuses sont toutes en cultures, et pour une fois ce n’est pas du riz. Nous mangerons sans doute de la soupe au chou ce soir… En fait, il n’en fut pas question ; les choux devaient descendre dans la vallée, ou servir à l’exportation, qui sait ? Nous verrons le lendemain qu’ils partent en camionnette vers la ville. Pour 1000 rp nous trouvons une chambre modeste, et un repas de soupe au riz et aux légumes encore plus modeste. Il fait très froid (ou bien nous avons perdu l’habitude ?), 5° à peu près, et nous sommes contents d’avoir conservé nos duvets. Etonnant, à 2000 m seulement, et sous l’équateur ? Lundi 22 mars, Surabaya, Martine . Auberge de jeunesse Bamboo Denn, 100 rp pour deux. Lever avant l’aube, 3 h ¼. De pire en pire. Ça rappelle les courses alpines ! On ne traîne pas car il fait très froid. Nous partons avec un australien et une américaine fort sympas. Pas la moindre carte évidemment, et pas d’altimètre… Après une heure de montée à la lumière de la lune sur un large chemin, nous parvenons au refuge Bromo Permaï , au pied du premier cratère. Nous nous offrons un thé, et entamons la descente au fond du cratère, tapissé de cendre est semé de pierres ponces étonnamment légères. Nous attaquons ensuite la montée au second cratère ; la pente est raide, et se termine par un long escalier. Les pentes sont striées d’entailles profondes, sans doute des ravinements. Le sol est friable et aride. Nous parvenons au sommet pour le lever de soleil : bien calculé ! Le temps est clair, le paysage est impressionnant, avec le cratère dont le fond émet une épaisse fumée et des grondements bouillonnants accompagnés d’une belle odeur de soufre. La pente est très forte, et se perd dans un puits dont on n’entrevoit pas la fin : voyage au centre de la terre… Nous longeons le fil du cratère, et restons longtemps en contemplation. Sans oser s’aventurer dans la pente, ce qui nécessiterait au moins une corde de rappel. Et un masque à gaz ? Puis nous prenons le chemin de la descente, et arrivons au Bromo Permaï pour le petit déjeuner : bien calculé ! Le paysage de retour est là encore magnifique dans la lumière du matin. Retour à Probolingo à 12 h 30. La descente (avec le même bemo) est moitié prix ! Nous trouvons vite un bus pas très confortable et surchargé pour aller à Surabaya, la grande ville de l’est de Java. Nous y parvenons vers 16 h 30. L’ambiancer Bamboo Denn, conseillé par tous les routards, est sympa ; c’est juste à côté dune école de langue, et l’on entend ânonner de l’anglais toute la soirée. Mardi 23 mars, Surabaya, Gérard . Longue nuit de repos pour récupérer des deux précédentes. On glande légèrement tout le matin, dans ce sympathique hôtel, point de passage obligé de tous les routards : australiens à l’horrible accent du Queensland, ricains (entre autres le grand blond rencontré à Ngadisari : Mark Frohardt), et même un italien bizarre et peu liant. Tout arrive ! Et même un français lui aussi bizarre, mais bien plus agréable. Celui-ci, qui a l’air délicieusement dans les vapes, vient directement de Bangkok , où il s’est fait dévaliser dès sa descente d’avion, et via Sumatra se dirige vers Sulawesi . On échange des renseignements, et nous lui traçons un portrait enchanteur de Bali , un peu moins de Makassar . Après un petit déjeuner qui se fait attendre une demi heure, et comme il faut quand même se bouger, on embraye vers la station de bus, et on cherche un bemo pour Tretes. Le salaud nous laisse à une bifur, et il faut encore balles pour finir. La route monte très fort et nous offre à nouveau un grandiose panorama où domine un volcan de forme parfaite. Montagne, mais ce ne sont pas les Alpes : pas de rocs, pas de neige, la forêt omniprésente. A Tretes, on rentre dans un troquet boire un coup, puis de fil en aiguille, vu l’heure, on mange. Et on apprend que le petit temple indiqué dans le guide {lequel, je ne sais plus ?} doit être rallié en taxi. Taxi ? Ce con là nous redescend dans la vallée, car c’est là que se trouve le fameux temple… Nous bénissons le guide, on aurait aussi bien pu s’arrêter à Tretes . Visite du temple, quelques photos, puis avant de sauter dans un bus, on s’arrête dans un estanco où une mémé fort sympa nous prépare un très bon thé, tandis que Martine fait du charme à son petit fils et que les gosses du voisinage nous envoient des gestes amicaux par la fenêtre. Minibus fonceur, puis car pour rentrer à Surabaya . Repas au Bamboo Denn ; on n’aura pas vu grand-chose de Baya, puisqu’on part déjà demain vers Yogyakarta . Mercredi 24 mars, Yogyakarta, Gérard . Lever vers 8 h, petit dèj. en 1 h comme d’hab, puis je fonce en becak à la « Gubong station » prendre les billets de train pour Yogyakarta . On fait les sacs, et à 9 h 45 nous voilà sur le quai bondé… Ça traîne un peu, et à 10 h 30 le train arrive. {Sous ces climats et en ces temps, la seule chose qu’on sache, c’est qu’un train dessert un itinéraire. L’heure n’est qu’une vague indication…}. Surprise agréable, le train n’est pas trop pourri, et nos sièges de paille, numérotés, sont d’un confort potable. C’est un voyage de 6 h, dans un paysage très beau, très coloré et serein, vastes étendues plates de rizières, nombreuses scènes campagnardes que j’aimerais bien photographier (Ah ! la Honda…). Les gares sont toujours marrantes, animées de dizaines de vendeurs de tout et de rien, qui passent sous les fenêtres mais ne montent pas dans le train : c’est la chasse gardée du wagon restaurant dont les serveurs passent et repassent dans la coursive, profitant lâchement de la chaleur moite pour vendre du thé glacé. On se restaure d’ailleurs, très correctement et pas cher. {Ah ! la nourriture de TGV !} Le long de la voie, des gosses courent parfois après le train, en criant on ne sait quoi, et des gens leur jettent on ne sait quoi : argent ? Bananes ? Le steward tombe amoureux de l’australien qui voyage dans notre wagon, le pelote, tire les poils blonds de sa poitrine qui le remplissent d’admiration. L’australien ne se formalise pas, et le rembarre fort correctement tout en riant. On se marre un bon moment, puis l’australien lassé entame un flirt mimé avec une jolie javanaise à l’autre bout du wagon. Contre toute attente, le train roule vite, s’arrête peu, et à 16 h 30 on est à Yogyakarta . Surprise, cette grande ville semble plutôt un village par son apparence, n’était le nombre impressionnant de becaks. On se réfugie bien vite au « Kota », fort correct hôtel. A l’ « Asia Africa », où l’on passe la soirée, se trouve toute la faune des voyageurs qui se poursuivent d’étape en étape, un microcosme, en somme… On y retrouve Mark Frohardt, Lloyd le gars du Bromo, qui semble prendre goût à faire chambre commune avec l’américaine qu’il a rencontrée et réchauffée à Ngadisari. Steve aussi doit encore être à Yogya. Nous mangeons avec Mark à l’inévitable « Ramayana », qui s’avère très bien. Jeudi 25 mars, Yogya, Gérard . Comme nous prenons la route du « Kantor immigrasi » pour tenter de voir le « Gubernur kepala », on rencontre Lloyd et Joyce, qui viennent d’encadrer un becak avec leur vélo ; une histoire à n’en plus finir. On apprend que Steve est encore ici, et a dépensé une fortune en batiks ; on fonce à son hôtel, et on le trouve égal à lui-même, en compagnie d’un couple de canadiens déjà croisés à Kuta. Ils nous proposent de partager leur taxi jusqu’au « Kantor immigrasi ». Au bureau, tout s’arrange miraculeusement, et en ½ h , on a le précieux visa pour la modique somme de 20 000 rp. En ville, la chaleur est intenable ; achat de casquette, réparation des lunettes noires pour 2,5 rp ! Et impeccable ! Nasi goreng quelconque dans un restau où le jus de durion nous semble un peu fermenté (mais avec ce fruit on ne peut jamais savoir), et le thé glacé est chaud… On file tout ça à une mendiante sur le trottoir. L’aprème, on retrouve Mark en Wendy qui partent ce soir, chargés d’emplettes, pour leur Grande Ile. Ce soir, on ira voir le théâtre de poupées. Et puis finalement on a eu la lemme, et on a passé la soirée à discuter avec Jean Claude, le commerçant tourangeau rencontré l’ l’Asia Africa. Et puis demain, il faut à nouveau se lever tôt pour aller à Borobudur… Vendredi 26 mars, Yogya, Gérard Donc, lever à 6 h, arrivée chez Jean Claude avec ½ h de retard, et on embraye. Becak jusqu’au bus dans la belle lumière du matin, bus jusqu’à Mintulan . Les rizières, dominées par le volcan Merapi , si emblématique avec son cône empanaché, offre de magnifiques scènes campagnardes, et on se promet de revenir en moto faire des images. Bus folklo avec fenêtres en bois à targettes jusqu’à Borobudur où l’on a un mal de chien à trouver l’entrée du temple… Malheureusement, le spectacle est rendu bien trivial et peu exotique par les grandes grues Richier qui décorent le chantier. Consciencieux, nous grimpons cependant au Nirvanah, tout en épluchant (un peu) la vie exemplaire du camarade Bouddha. La chaleur monte, et avec elle les petits chapeaux des touristes allemands. L’invasion nous chasse. Coca tiède dans une petite buvette où la charmante vendeuse nous explique en riant fièrement qu’elle vend le 7 up plus cher qu’à Yogya ! Au retour, il fait si chaud qu’on se résigne à se voter une sieste. Vers 5 h, à la « fraîche », Jean Claude nous rejoint et on part faire les magasins dans l’idée de trouver un sac, puisque le coin est réputé pour son travail du cuir. Mais pas de coupe de foudre. Martine m’achète un batik (1000 rp) don,t on me fera faire une chemise (500 rp). Puis d’une portée de becak, nous voilà au théâtre d’ombres. De la revue, car le spectacle est à 9 h et non à 7. Retour à pieds à travers le marché aux légumes, et les ruelles sombres. Mais jamais inquiétantes. Impossible de retrouver le restau « Helen » où l’on a rendez vous avec Jean Claude. On le retrouvera émerveillé dans un magasin à sacs où une belle valise de cuir entièrement doublée se vend 3000 rp. Ça paye le voyage. Malheureusement, nous n’aurons guère l’usage d’une valise… Discussions encore, tard dans la nuit. Samedi 27 mars, Yogyakarta, Martine . Visite du Kraton au palais du sultan le matin (150 rp par personne). Il n’y a pas de bâtiment important, mais une multitude de constructions éparpillées autour de cours successives, qui ne comportent souvent qu’un toit, le climat ne nécessitant visiblement guère de murs… Ça abrite banquets, réceptions, danses, orchestres… L’ensemble est à la fois très décoré et parfaitement laissé à l’abandon. On ne visite pas les appartements du sultan, toujours en fonction dans l’actuel gouvernement. On passe ensuite à l’inévitable visite des fabriques de batiks ; ce sont souvent des tableaux, compositions plus ou moins originales sur soie. Les procédés sont complexes, archaïques et parfaitement artisanaux. Le tableau est enduit de couches de cire successives pour chaque nouveau bain de couleur, puis la cire est enlevée par ébullition et on recommence. Donc plus y il a de couleurs plus c’est cher. La cire est déposée à l’aide de tampons ou de burettes de cire fondue, le tracé étant suivi à la main. Aucune machine, beaucoup de main d’œuvre. L’effet est souvent magnifique, les coloris chatoyants, mais les prix dépassent les possibilités de nos maigres bourses. {Tous le monde connaît aujourd’hui les batiks en Europe, les boutiques d’artisanat exotique (équitable ou pas !) sont légion, mais en 1975, nous en avions à peine entendu parler, et n’avions guère idée de leur fabrication}. Repas pendant les heures de forte chaleur du début d’aprème, puis on trouve le courage de remonter sur les vélos loués pour deux jours (350 rp). Wayang Orang (théâtre d’hommes par opposition aux marionnettes) dans une salle près de la station de bus. On y va en vélo, sans lumières bien entendu, et en remontant la rue principale en sens interdit. Le spectacle est intéressant, les acteurs convaincants, mais comme à l’accoutumée le récit est extrêmement compliqué, et on a du mal à suivre le fil général. Cependant les épisodes sont parlants : la peur, la séduction, le combat… Et puis, le spectacle est aussi dans la salle, qui vit le récit intensément. Gérard C’est parfois chiant, mais certains passages comme les batailles sont virtuoses en diable et purement géniaux (bonds, synchronisation…) Dimanche 28 mars 1976, Yogya, Martine Danse au Kraton dès le matin, ou plutôt séance d’entraînement. Il y a environ 25 danseurs et danseuses qui s’animent au son du gamelan et sous le regard critique de plusieurs professeurs, qui ne laissent passer aucun détail et corrigent sans cesse le moindre « défaut ». {On perçoit bien que cette activité est d’une importance sociale primordiale, le sérieux et la concentration des « élèves » sont difficilement imaginables ; l’activité n’est jamais coupés de pauses, pas un sourire n’échappe, et les « remontrances » sont acceptées sans un mot et sans ciller…} Les groupes se relayent jusqu’à 12 h 30. Repas, 1 h de sieste, et nous voilà repartis, pédalant, pour le théâtre d’ombres. Le spectacle est tout à la fois devant et derrière le rideau : d’un côté nous voyons l’orchestre, les chanteurs, et l’acteur qui anime les marionnettes et leur prête sa voix en changeant d’intonation pour chacune d’elle. Il rythme aussi les moments forts de l’histoire en frappant de son pied un petit instrument à percussion ! Quel travail ! Quel art ! Les marionnettes elles mêmes sont très intéressantes, finement découpées et peintes sur le cuir. {On en voit aujourd’hui, bien sûr, dans les salons de tous les gens qui ont visité l’Indonésie…} De l’autre côté de l’écran de toile, les ombres du spectacle ; c’est assez amusant que de voir l’envers et l’endroit du décor… Gérard On cherche une moto pour aller au Merapi demain. Ce sera une 100 Yam, pour 1750 rp et 12 h ! Nous irons seuls, car notre équipier du moment, Mark, a une jambe hors d’état… Lundi 29 mars, Yogyakarta, Martine Lever vers 6 h pour profiter à plein de la moto, comme convenu. 25 km de montée pour parvenir au village de Kaliurang , au pied du Mont Merapi . La campagne, sous le soleil matinal, est riante, les gens travaillent aux champs, profitant de la provisoire (et relative) fraîcheur. On ne se lasse pas de photographier les rizières. Mais le Merapi semble grandir au fur et à mesure que nous approchons de Kaliurang ; il est majestueux, parfaitement pyramidal, déjà enrubanné de quelques nuages et crachant un beau panache de fumée dans le ciel bleu. Nous abandonnons la moto au bas d’un sentier qui semble bien aménagé, avec des marches (entrée 50 rp !). Ça monte très raide, et le soleil commence à taper bien fort. Le décor est très escarpé, puis soudain, au pied du volcan, une campagne presque plate avec ses rizières… Il nous faut presque une heure pour parvenir à la station d’observation, juste en face du volcan. Nous sommes alors à 1250 m seulement… Et le camarade Merapi culmine à 2911, crache beaucoup de fumée, et émet parfois de sourds grondements peu rassurants. Il paraît qu’il a eu une vraie éruption voici quelques jours. {Pas facile du tout d’obtenir des renseignements fiables, en ces années ; pas de cartes topographiques sinon quelques plans touristiques vagues et inexacts… Google Earth reste à inventer !}. Il semble peu possible, en tous cas, d’entreprendre son ascension sans un matériel adapté et davantage de renseignements. Et encore… Puis le sommet se couvre rapidement, et nous redescendons rapido vers la moto. Gérard accomplit sa BA de la journée en portant le fagot de bois d’une vieille femme {l’âge auquel j’écris ces lignes ? Peut-être même pas !}. Mais il a beaucoup de peine à le soulever. {Le fagot, sans autre moyen de portage qu’une vague sangle à passer sur une épaule, devait bien faire ses 30 kg, et je me suis toujours demandé comment cette femme pouvait porter ça sur un tel sentier. Devant mes efforts, elle m’a rapidement fait comprendre qu’elle n’avait pas que ça à faire, et que si je ne pouvais pas marcher plus vite… J’en rougis encore de honte !} Retour sous un ciel chargé ; je conduis la moto presque tout le long : ce n’est pas désagréable. {Martine passera son permis moto en France l’année suivante, pour conduire notre 750 BMW.} Gros orage en début d’après midi. Mis à profit pour une petite sieste. Re-départ à 3 h ½ : visite de deux fabriques de batiks, puis de deux temples hindouistes à Prambanan . 20 km sur l’une des routes les plus fréquentées de Java , puisqu’elle mène à l’aéroport. Le site est très impressionnant, surtout l’un des temples, presque intact. Mais les pierres sont noires et moussues, et l’ensemble, très compact, forme une grosse masse sombre. Les sculptures, très fines, sont mieux conservées qu’à Borobudur : animaux, personnages mythologiques. Le soleil se couche, magnifique, sous un ciel d’orage équatorial. Retour de nuit, réellement dangereux car la majorité des véhicules n’ont pas d’éclairage (et nous roulons bien sûr sans casque) {Le « principe de précaution » non plus n’a pas encore été inventé ;-) } ; les bas-côtés sont encombrés de piétons, de vélos… On crève une roue. Et voilà un jeune qui s’arrête et nous fait la réparation en un ¼ h, grandement aidé par une dizaine de badauds… {Pas gardé trace de ce que nous lui avons payé ?} Retour juste avant la pluie… Mardi 30 mars, Yagyakarta, Martine Grosse matinée. On loue des vélos pour se rendre au marché aux oiseaux, derrière le Kraton. Nombre incroyable de volatiles, dans de belles cages de bambou. Beaucoup nous sont inconnus (pour ne pas dire TOUS dit Gérard qui s’y connaît en ornitho), tous très colorés, parfois de manière si délicate qu’on les croirait dessinés au pinceau. Des noirs assez gros avec des « oreilles » jaunes, des pattes et un long bec jaunes également. ( ? dit G.) On vadrouille dans le marché aux légumes, puis dans le quartier qui n’est guère alléchant. Repas et sieste habituelle. (Impossible même de lire dans la chambre mal éclairée, où l’ampoule électrique est d’une puissance introuvable en Europe, probablement 1 ou 2 Watts : on peut à peine trouver la porte). On discute avec un couple de français fraîchement débarqués, du haut de notre « science » de l’Indonésie. Re-visite d’une fabrique de batiks, quelques achats pour d’hypothétiques cadeaux… (Quand donc ?) On rentre sous les premières gouttes d’une pluie diluvienne qui semble ne jamais vouloir s’apaiser et nous interdit d’aller manger. On doit finalement se résoudre à y aller en tongs et cirés, pantalons retroussés… Ah ! l’équateur… Mercredi 31 mars, Yogyakarta puis nuit de train, Martine . Visite le matin du Centre de Recherche du Batik, toujours avec les vélos, et en compagnie d’un couple de français rencontrés au Kota. Très instructif : on y voit toutes les méthodes et étapes de la fabrication, que ce soit tracé à la main ou au tampon. Tous les dessins sont répertoriés et classés… Nous faisons force photos. On fait les bagages (une fois de plus), et on attend tranquillement l’heure du train. Jamais en retard d’un snobisme, nous avons réservé des places en 1° classe (à notre décharge, si ça coûte 1500 rp en 3° classe, ce n’est que 3000 rp en 1°. Nous sommes riches et nous comportons comme tels). Les fauteuils sont rembourrés, inclinés, tout de même plus confortables mais ça ne vaut pas la différence ! Le train part à 18 h, exactement à l’heure prévue. Mais après une heure de marche, il s’arrête deux heures, ennuis techniques paraît-il. Il fait chaud ; nous dormons tout de même un peu, recroquevillés dans nos fauteuils. Arrivée à 8 h à Jakarta. Départ immédiat en bemo (cher : 250 rp après longues palabres), vers le Wisma Délima, auberge de jeunesse du coin. Jeudi 1° avril, Jakarta, Martine Wisma Délima, Jalan Jaksa, 1500 rp, pas terrible, très bruyant. Après une brève toilette et un petit déjeuner correct, on file à la poste, exercice très émouvant dans notre cas. Et on n’est pas déçus : 15 lettres de parents, de copains ! Il faudra plusieurs heures pour lire avec plaisir tout ce courrier. Cela nous change agréablement les idées, et nous ramène à tous ceux que nous avons laissés là bas. Les « petits Le Jarriel » sont à Sumatra , mais il y a un gros risque que nous les croisions sans même les rencontrer… (Ça on l’apprend par des gens qui les ont croisés). {Assez stupéfiant de lire ça aujourd’hui : en 1975, nous n’avons AUCUN moyen de contacter d’autres voyageurs ; seule la poste restante peut permettre le contact, mais tellement en différé…}. L’après midi, on va au siège de la Sogréah (La société dingénieurs conseils où bosse mon père) refiler un nouveau colis pour la France contenant les beaux objets achetés à Bali et à Yogya. Quelques kilos en moins, mais on va vite compenser, je me fais confiance… Repas copieux au Wisma Délima pour 400 rp par personne. On se couche assez tôt, mais avec des boulettes dans les oreilles, car quel bruit ! Vendredi 2 avril, Jakarta, Gérard Visite du musée le matin, assez courte car on nous met à la porte dès onze heures : c’est vendredi. Fort dommage, car il y a beaucoup de choses intéressantes. Tous les habitats indigènes, vêtements, objets sacrés, outils, armes (les sympathiques lances à crampons par exemple, les charmants poignards en fémurs humains, etc…). Ce musée anthropologique est aussi vaste que celui de Mexico ! Repos à l’hôtel avec Harry, puis on part pour le zoo. 1 h1 ½ de bus avec changement à Kebayoran, genre de Parly II avec magasins très chics, supermarchés regorgeant de biens, mais aussi fruits et légumes. On nous propose des prix dingues : 3000 rp une thermos de ½ l en plastique massif. Le zoo, où on arrive à 3 h est immense est aéré, très bien présenté, avec une superbe collection de serpents et d’oiseaux de la région, très bien répertoriés et signalés. Mais pas de temps à perdre, nous sommes venus pour le terrible « Dragon de Komodo ». Que d’ailleurs nous ne trouvons pas. Beaucoup de singes. On leur file, bien sûr, des cacahouètes qu’ils prennent avec beaucoup de délicatesse. Mais le dragon ? On finit par le repérer, ce lézard de 2 m de long, baignant dans une flaque d’eau, immobile, bien moins impressionnant que les iguanes du Mexique, avec leur inquiétante crête. On finit par retrouver la sortie, et retour. (En fait, l'animal trompe son monde, il est capable de réactions très vives et dangereuses. Un photographe téméraire y a laissé sa vie). Il est temps maintenant de faire des emplettes pour le voyage en bateau qui doit nous mener à Sumatra, et dont nous ne savons pas grand-chose : restau, bar, boutiques ? Départ demain pour le détroit du Krakatoa , tristement célèbre.
Tout notre voyageNotes Les récits proposés ici sont les transcriptions exactes mais non intégrales de nos notes de voyage. Inutile de dire l'émotion (heureuse) ressentie à la relecture de ces carnets amoureusement gardés de déménagement en déménagement... Quelques considérations on été ajoutées lors de la construction du site, 35 ans plus tard. Elles sont entre crochets {}. Nous avons maintenu l'écriture à deux mains, car les styles et les réflexions diffèrent parfois.