Les images L'itinéraire Le contexte politiqueLe Mexique Est-ce le début du « vrai » voyage ? L’Amérique, c’était encore la culture européenne, la population européenne… Le dépaysement y était fort mais au fond on ne changeait pas de Monde. Et puis le cinéma et la publicité nous avaient bien préparés… Mais le Mexique ! Que de rêves, que de questions, que d’espoirs ! Dans les seventies, le Mexique est peu parcouru par les européens ; nous y rencontrerons très peu de français. Les italiens avec qui nous voyagerons plusieurs semaines sont des spécimen rares. Les seuls touristes sont des américains, bien entendu, et le pays est marqué par la présence de cet immense pays, de cette immense masse économique, de cette richesse. Et c’est un fort bon passeport de ne pas être « gringo » au Mexique, et de ne pas arborer le chapeau texan, de parler un tant soit peu d’espagnol. Ce sera l’une de nos étapes préférées : la couleur, la lumière, les paysages immenses, variés, extrêmes, la cuisine savoureuse et fruitée, l’histoire omniprésente et en marche, la vie intense des villes font de ce pays une découverte passionnante au-delà de la misère souvent palpable. {Mexico, bien qu’étant déjà une immense capitale, célèbre pour sa pollution, n’est pas encore ceinte des immenses bidonvilles actuels, et l’exode rural n’a pas encore désertifié les villages et les montagnes ; l’insécurité ne sévit pas encore, et nous ne serons nulle part inquiétés quel que soit le lieu et l’heure}. Dès le passage de la frontière, on change en effet d’univers. Ce n’est pas un scoop, mais c’est vraiment frappant. Au début, les paysages ne sont guère idylliques : sable, sommets arrondis, usés et arides, plateaux caillouteux interminables… Mais au reste, tout est différent brusquement : les gens, les costumes, les voitures, les autocars, les odeurs. Et la sonorité de la langue mexicaine, articulée, rythmée, marquée, qui tranche avec l’anglais mal mâché du Texas. L’apparence d’opulence disparaît d’un coup. Nous arrivons à Chihuahua vers 16 h. Beaucoup de monde à l’arrêt de bus. Une chambre (correcte sans plus) vite trouvée (40 pesos), et nous partons à la découverte de notre nouveau terrain d‘exploration. Bizarrement, la ville nous rappelle l’Algérie. Ici plus de buildings ; maisons basses aux toits plats et aux finitions hâtives, entretien approximatif et saleté. Mais la gaîté domine, et l’on nous adresse la parole avec sympathie. Beaucoup d’indiens, et d’indiennes portant robes multiples et colorées descendant au genou, portant leurs bébés au dos dans de grandes écharpes colorées (1). Le spectacle est joyeux et polychrome. Mardi 2 décembre 1975, Los Mochis, Martine Nous attendons le bus de Mazatlan. Les horaires semblent ici assez fantaisistes : celui que nous visions semble être parti avec ½ h d’avance. Il devait être plein ? Hier, nous avons pris le train de Chihuahua à Los Mochis . Quel itinéraire, quelle expérience ! Ce n’est pas le train de Tintin chez les Incas, mais pas loin. Paysages immenses et grandioses, lumière éclatante, courbes impressionnantes épousant le relief. Les arrêts multiples dans les villages indiens sont l’occasion de découvrir ce Mexique de l’intérieur, de goûter les saveurs relevées des « Tacos » servis à la main et dont la viande cuit dans de grands chaudrons. Le ouvrages d’art sont spectaculaires, et l’arrêt à la « Barranca del cobre » stupéfiant de beauté (2). Dans le train somme toutes confortable, nous sommes installés en face d’un jeune couple mexicain fort sympathique. Gérard essaye, avec un succès certain, de poursuivre avec eux une discussion économico-socio-politique sur l’Amérique et sur l’Europe…(3). A cette aune là, les dix heures de voyage passent bien vite. La gare est en dehors de la ville, et la recherche d’un lieu pour dormir est fatigante et peu fructueuse. Chambre chère (60 pesos), et assez fruste avec sa peinture écaillé et sa literie fatiguée. Mardi 2 décembre 1975, Los Mochis, Gérard Première impression du Mexique assez chaleureuse. Dans le train, la discussion est bien plus facile et spontanée qu’aux States (voir note précédente). Commerçants et employés en revanche, sont moins avenants, sur leurs gardes dirait-on, et on a vite l’impression qu’ils nous « attendent au virage ». Ce qui se produit en effet assez vite. Et la chambre grimpe à 70 pesos, dont le prix affiché est de 60 pesos. La rue est un doux mélange d’Etats Unis (les bagnoles immenses, certains grands magasins…), d’Espagne (sonorités, architecture…), d’Afrique du Nord (petites échoppes douteuses, odeurs piquantes, allure des gens…). Cela nous fait tant penser à l’Algérie encore si proche, que nous sommes surpris d’y rencontrer tant de femmes, et même des couples tendrement enlacés ! Question coût de la vie, on essaye désespérément de croire encore que ça va être nettement moins cher qu’aux States (4), mais compte tenu des hébergements dont on a profité là haut, ce n’est pas évident. Nous pensons arriver à Mexico jeudi, vu le nombre d’étapes que nous désirons faire. Peut-être retrouverons nous les danois de Grand Canyon ? Mon espagnol ne fait pas merveille ; j’ai beaucoup oublié (je n’étais pas si mauvais, au lycée), et je viens de passer deux mois à rafraîchir mon anglais : l’adaptation est difficile. De plus, vu nos faciès, on nous adresse systématiquement la parole dans la langue de Nixon ; on répond obstinément avec les quelques mots de castillan à notre disposition. J’espère faire vite des progrès et retrouver ma facilité d’antan. Mercredi 3 décembre, Morelia, Gérard Nonobstant notre rendez-vous avec les danois, nous tentons le bus de Morelia . Que nous loupons d’ailleurs car nous oublions le décalage horaire Pacifique / Guadalajara. (Ce qui prouve que les bus mexicains sont à l’heure !) (Lisant ces lignes à 60 ans passés, je me demande où nous trouvions l’énergie de ces voyages sans fin, suivis d’incertitudes et de nuits inconfortables…). Nous nous sommes payé la 1° classe de Los Mochis à Guadalajara , et la nuit fut assez réparatrice. Il faut tout de même une grande partie de la journée (9 h 30 16 h 30) pour parcourir ces 280 Km ; en effet, nous entrons dans le monde à la fois délicieux et horripilant où les transports en commun se plient aux volontés des voyageurs, et s’arrêtent au moindre signe au bord de la route. Montent alors les vendeurs de fruits, de boissons, de tacos, les mémés chargées de poulets, Ça discute fort et gai, c’est animé et chaleureux. Nous sommes loin des US et de l’ambiance plombée des Greyhound… Puis c’est Morelia où nous tombons sur la première chambre venue, à 70 pesos. Nous comptons rester deux jours : cher ! Bah, les économies seront pour Mexico ! De très bonne humeur, on visite cette jolie ville toute de maisons anciennes au type colonial, envahies de végétation tropicale, nimbée d’une torpeur du même nom. Aux églises nous retrouvons le baroque espagnol, aux balcons le fer forgé. {Le souvenir que nous gardons aujourd’hui est celui d’un décor artistique, travaillé, se dissolvant dans un certain abandon. L’histoire de l’Amérique latine telle que la décrit Eduardo Galeano , par exemple, explique sans doute ces soudaines accumulations de richesses tantôt abandonnées…} La cité est peu touristique, et l’ambiance qui y règne la nuit tombée est l’antithèse de l’Amérique du Nord. Inutile de dire par où notre cœur penche ! Toute la ville semble de sortie, les bancs publics sont pris d’assaut, il y a plein de couples d’amoureux, bref : la joie ! Après un bon repas sur la place principale, on déclare que ça commence à bien faire pour la journée : au plumard. Demain il fera jour pour aller voir Patzcuaro et son lac. Vendredi 5 décembre, Mexico la ciudad, Gérard Comme Washington, Mexico est une entité double : la ville elle-même et le « District Fédéral ». D’où ! Mexico-DF. Patzcuaro ne nous a pas déçus ! Le marché de cette très belle ville est très coloré et très sympa, Il nous ramène à nouveau à l’Afrique du Nord, à cela près qu’il y a des femmes, joliment habillées, et que ça rigole ferme. On a fait l’emplette de deux ou trois bricoles : une magnifique paire de sandales à semelles Goodyear très agréable sous ces climats ( pesos), une chemise fermée genre huilpil… On a dévoré du « pescado blanco » du lac (mais quel poisson est-ce donc ?), et on s’est incendié le gosier avec du chili incroyablement fort que j’ai eu la bêtise d’avaler par bravade jusqu’au dernier grain. Puis un bus surchargé nous a amenés au lac, où nous attendait une flottille de « lanchas, », barques plates de ce plan d’eau. Patzcuaro , dans ces années, est déjà bien connue des touristes américains ; mais nous sommes en morte saison, et presque seuls à faire la traversée. Le village de Janitzo , installé sur une île au centre de ce lac, est un peu surfait et décevant. Les découvreurs ont dû être conquis, mais depuis le site a pris une allure de Mont Saint Michel et il n’y a plus rien de vrai. Artisanat, bistrots, restos, maisons retapées… Tout pour le touriste. {En ce temps là, l’uniformité touristique n’avait pas encore gagné l’Europe, et l’on n’était pas habitués à trouver partout les mêmes pizzerias, les mêmes crêperies, et les mêmes tee-shirts souvenir. Le tourisme américain avait lui aussi déjà de l’avance !} Cependant, le site est superbe, et sur le lac, les pêcheurs qui lancent leurs éperviers en forme de papillons sont de vrais pêcheurs. De retour à Morelia le soir, nous tâtons de l’artisanat mexicain en faisant réparer le sac photo : un cordonnier très sympa nous refait des anses en cuir véritable, madame, pour 25 pesos. Nous adorons les rues de Morelia à la nuit tombée : c’est animé, il a des jeunes, des vieux, des couples, et l’atmosphère est très détendue. Au kiosque (ici omniprésent), on a le plaisir d’écouter l’harmonie municipale, riche en cuivres comme il se doit. Quel changement par rapport aux US. On n’en finit pas de traîner par les rues tièdes, et de découvrir de beaux édifices. Ce premier contact avec le Mexique est enthousiasmant : il y a une dimension vraiment humaine. Les gens sont revêches ou exubérants selon qu’on leur plaît ou non (et aussi selon qu’il nous croient yankees ou non !), ou en fonction de ce qu’ils ont mangé, mais pas invariablement et anonymement courtois… Ils se baladent à pieds dans les rues et flânent dans les squares. Les voitures individuelles sont exceptionnellement rares. Vélos, animaux, autobus pétaradants ou sandales tressées les remplacent. Départ le 6 décembre à 9 h 30 après un copieux petit déjeuner ; et là, soyons francs, nous regrettons pendant plus de 6 h le confort silencieux des Greyhounds : arrêts incessants, jusqu’à 3 fois dans le même village, en campagne, cahots violents, routes qui virevoltent, passagers qui vomissent, moteurs bruyants… Ça donne envie d’arrêts « pipi » toutes les heures. Enfin, c’est Mexico . A première vue peu séduisante : encombrée, bruyante, puante. De plus il faut sacrifier à quelques formalités : argent, courrier poste restante, hôtel… Nous retrouvons « nos » danois et le belge {de qui pouvait-il bien s’agir ? Pourquoi n’avons-nous pas pris plus d’adresses, de photos de ces compagnons de route ? Mais le « mail » n’existait pas, et les adresses postales sont volatiles.} Nous nous effondrons à l’hôtel Ontario ; demain il fera jour. Samedi 6 décembre, Mexico ciudad, Gérard Hôtel Ontario, Calle Uruguay. Dès 10 h, nous voilà à crapahuter dans les « backstreets » de Mexico à la recherche de Calle Alarcon, d’où est sensé partir le bus pour Theotihuacan . {Au fur et à mesure que nous endossons l’habit de routard, le jargon anglo-saxon nous gagne….} Nous filons avec Buzzy, qui prétend bien connaître la ville et parle espagnol. Nos deux danois, avec qui nous circulons en pointillés depuis quelques jours, Kad et Joan, ainsi qu’un troisième viking de mentalité américaine nommé Jørgen sont de la partie. {trente ans après, la plupart de ces noms n’évoquent plus rien : pas de visage, pas de voix, et les adresses sont caduques depuis longtemps… C’est bien dommage, et si c’était à refaire, nous prendrions bien davantage de photos, de contacts stables… Ce serait vraiment bien de retrouver la trace de ces innombrables compagnons de quelques jours au-delà des mers…}.Nous attrapons de justesse le fameux bus, qui s’avère être de troisième classe. {Au Mexique, en ces temps là, chaque bus, chaque compagnie est une surprise, contrairement aux US où tous les Greyhounds se ressemblent. La surprise est d’ailleurs souvent bonne.} Car bondé, poussière, bruit, arrêts incessants… On est assis, mais c’est malgré tout un vrai calvaire. La salade qu’une mémé mexicaine a posée dans le filet nous asperge de terre. Un gosse chante à tue tête en s’accompagnant (fort mal) de maracas. On lui donne un $ et il se déguise en courant d’air. Enfin, au bout de plus de deux heures, on parvient au village dominé par la grande pyramide du soleil. On la grimpe illico ; elle est en bon état et la perspective de la grande avenue qui conduit à la pyramide de la lune est immense. C’est imposant, impressionnant, intimidant, mais pas vraiment « joli » dans la lumière pâle et trop verticale. Le site est en friche, la visite est une découverte et se fait parfaitement à l’aveuglette : aucune indication, pas la moindre explication ni le moindre gardien. On croise des gens qui, forts de leurs manuels, disent : « allez voir le temple de Quetzalcoatl », ou bien : « allez au palais, là bas…. ». On y va. A 5, h, crevés, on rentre au village, on se tape un bon « licuado », et pour un $ de plus on rentre à la capitale en bus de 1° classe, qui, en moins d’une heure, sans le moindre arrêt, et dans des fauteuils archi confortables, nous ramène à Tlatelolco . C’est pour nous l’occase de découvrir le métro de Mexico, flambant neuf, et ses magnifiques stations carrelées de mosaïques. Très utilisé et très populaire, il a prévu, pour les illettrés, un symbole pour désigner chaque station… Un petit pincement au cœur en croyant voir arriver une rame Porte d’Orléans->Porte de Clignancourt… Et nous voilà au Zocalo pour 2 $. Il est déjà l’heure d’aller manger à « La Corte », Uruguay, pour 20 $. Mai la journée n’est pas achevée : l’infatigable Jørgen nous entraîne place Garibaldi, où se déroulent de drôles de festivités :des groupes de mariachis, musiciens chanteurs bardés de trompettes, louent leurs services à des gens qui fêtent on ne sait quoi. Un jeune couple danse, tendrement enlacé et encerclé de quatre trompettes et trois violons. La place est investie de dizaines de groupes semblables ; certains sont dans un état assez avancé, et le sol est déjà couvert de bouteilles cassées. Mais c’est bon enfant, et on ne sent pas de violence latente. Ça caille ferme, et on doit se réfugier dans un troquet où l’on s’initie à l’art d’ingurgiter la tequila. Sel, citron, tequila. C’est bon. On balance la Sangrita qui est dégueulasse. Et tout ça nous ramène au lit vers 2 h du mat grâce à un taxi ( 15 $). Dimanche 7 décembre, Mexico, Gérard Cette fois ce sont nos danois qui nous retardent. Départ 9 h 30 direction un certain « Rancho del Charro », où se déroule un rodéo. C’est le genre de festivité mexicaine qu’on ne manquerait pour rien au monde. Un super autocar nous prend devant la cathédrale (Auditorio) et nous pose devant le Musée d’anthropologie. {A l’heure où nous transcrivons, ces notes, je ne me souviens plus comment nous étudiions les itinéraires : était-ce en questionnant les mexicains, en faisant confiance au amis de rencontre, ou encore en lisant un plan ? De Mexico, nous avions un plan fort correct, ce qui ne sera pas toujours le cas.) Tout ça nous mène au Rancho sur les onze heures. Mais l’horaire mexicain est élastique, les gens commencent à peine à arriver… Et la séance débutera péniblement vers 13 h. Il y a peu de touristes, le spectacle a l’air vraiment prisé par les locaux. Les rodéeurs ( ???) sont brillamment costumés, ce qui laisse supposer un spectacle rodé plutôt qu’un exercice de dressage acrobatique. Les démonstrations vont se succéder pendant deux heures. Tout d’abord on découvre la méthode pour faire chuter une vache lancée au galop : choper la queue, l’enrouler autour de la jambe et tirer de côté ! Efficace, mais technique. Les pauvres vaches font de jolis tonneaux, mais certains gauchos aussi. Puis c’est un époustouflant quadrille de cavalières, très jeunes, très précises : magnifique ! Certaines figures semblent très risquées. Puis quelques passes de rodéo peu convaincantes, mettant en scène des vaches dociles et un cheval déjà fatigué et déjà monté. Travail au lasso : on admire beaucoup le vaquero qui, à pieds, bloque un cheval en se laissant traîner sur le dos. Terrain caillouteux s’abstenir ! A cheval, c’est moins convaincant : le jeune cheval s’avère impossible à attraper. Un gaucho finit par lui sauter sur le dos en plein galop, puis en redescend idem, le tout sans se casser la gu… Danses et chansons pour couronner le tout. Par hasard, on tombe en arrêt devant une parade canine, et des américains qui pomponnent leurs animaux préférés pour le concours. Puis c’est la visite tant attendue du Musée d’Anthropologie, immense et superbe, où l’on passe le reste de la journée. Mais ça mérite beaucoup plus. Beauté, histoire, émotion, tout y est. L’Amérique centrale précolombienne, les racines revendiquées de ce pays fascinant et des empires qui l’ont enfanté. Si la présentation est moderne, superbe, dépouillée, cela manque de textes, d’explications, de dates. Et tout est en castillan. Nous reviendrons pensons nous avec confiance. {Comment deviner alors que cette merveille sera pillée quelques années plus tard, que les pièces les plus célèbres, les plus impressionnantes et les plus intransportables disparaîtront ! Entre autres le fascinant « disque du soleil », de granit et d’obsidienne… } Le soir, nous prenons les adresses des danois qui nous quittent. {Etonnant, trente cinq ans plus tard, de constater que certains souvenirs sont intacts, tandis que d’autres se sont totalement effacés ; y a-t-il là un indice de leur importance ? Pas certain. L’image des ces « danois » qui firent un bout de route avec nous reste aujourd’hui introuvable : se reconnaîtront-ils en nous lisant, et nous feront-ils un signe ?} Lundi 8 décembre, Mexico, Martine Journée de renseignements… et de dépenses. Malgré un lever bien tardif, nous sommes fatigués ; l’hôtel Ontario a des avantages, mais il est bruyant (jeunes gens fêtards, halls et escaliers dallés…) Il va falloir changer 1500 F chacun. La Banque de l’Atlantique le fait, paraît-il. Avec ce pécule, nous aurons suffisamment pensons nous pour notre séjour mexicain. On passe ensuite un grand moment au « artesanes de la ciudadella », calle Baldera. Marché d’artisans, comme son nom l’indique. Au milieu d’articles assez ordinaires, il y a des objets très soignés et forts jolis. Gérard achète une seconde ceinture de cuir (quelle est donc la première ?), et moi une robe blanche à empiècement floral brodé et multicolore. Le travail est très fin, et les finitions parfaites. On se sauve avant d’avoir dépensé tout notre pécule. Le soir, bon repas typique dans un restau place Alameda, avec notre amie mexicaine Guadalupe. {Si longtemps après, Gérard a conservé cette fameuse ceinture, d’une facture exceptionnelle, mais qui a toujours été trop courte…} Mardi 9 décembre, Mexico, Martine Encore des achats : aujourd’hui, la librairie française, où nous achetons des bouquins sur le Mexique et son histoire. Inévitable visite de la place « de las tres culturas », plus intéressante par le symbole bien mis en valeur que par la beauté des ouvrages eux-mêmes. De précolombien ne reste qu’un vague empilement de pierres…. Mercredi 10 décembre, Mexico, Martine Aujourd’hui, un autre « Must » : visite de la cour centrale intérieure du palais national et des célèbres fresques de Diego Riveira . La moitié seulement de la galerie du premier étage est recouverte de fresques. Le travail est resté inachevé après la mort du peintre. (Ce travail daterait de 1954). Ces fresques sont très colorées, elles mettent en scène une foule de personnages et de symboles. La plus importante relate toute l’histoire du Mexique, en privilégiant des événements significatifs dans la vision progressiste du peintre, qui rétablit le rôle des indiens dans cette aventure. Le marché aux légumes, fruits, fromages (la Merced), très pittoresque, coloré, animé, bruyant, lui aussi très indien en contrepoint aux fresques de Riveira. Et puis l’université, au bout d’une heure de route dans un bus incroyablement lent dans une circulation lente. La bâtiment est universellement célèbre, parfait exemple du métissage mexicain, où la facture indianisante colorée et symbolique représente la modernité en figurant un ordinateur. {Un ordinateur des années 70, énorme machine dont la partie la plus symbolique enroule d’énormes bandes magnétiques}. L’ambiance y est sympathique et décontractée. {Elle ne nous fait pas totalement oublier qu’en 1968 se déroulèrent ici aussi des événements similaires à ceux qui secouèrent les universités européennes, réprimés dans le sang par la police du ministre de l’intérieur Luis Echeverria, qui deviendra néanmoins président du Mexique. Voir : http://amerika.revues.org/1011, ainsi que : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=459 et http://www.alterinfos.org/spip.php?article2803 }. Dans la soirée, danses folkloriques au Palais des Arts sur la place Alameda : deux petites heures d’un spectacle surtout chouette pour les costumes. Chaque scène représente une période historique ou une coutume particulière d’une région du Mexique : visite du pays en raccourci. Jeudi 11 décembre, Mexico, Martine Nous avions formé le projet de partir en fin de matinée pour Vera Cruz. Mais c’était sans compter la fête toute proche de ND de Guadalupe , et une grève des autobus de 2° classe. {Eh, oui, il y a un peu d’Europe dans le Mexique !}. Les files d’attente étaient interminables, et Gérard a du poireauter 2 h ½ pour obtenir nos deux billets… pour le lendemain matin. Et tout cela après 1 h ½ de pérégrinations en autobus pour découvrir la bonne gare d’autocars. Car il y a, au Mexique, une multitude de compagnies privées qui se partagent le marché, et qui ont leurs terminaux (à Mexico tout au moins) aux quatre coins de la ville selon la destination, la classe. {Depuis ce temps, la sacro-sainte concurrence a du mettre bon ordre à cette joyeuse pagaille, en établissant des monopoles de fait ?..} Tout cela nous contraint à chercher un autre hôtel (nous avions pris congé du notre)… Puis nous retournons flâner dans cette ville que nous commençons vraiment à apprécier. Journée donc en recherches et en attentes . Vendredi 12 décembre, Veracruz, Martine Hôtel Centro, près du terminal. 70 Pesos. Départ de Mexico ce matin à 10 h ½. Durant les 440 km qui séparent VeraCruz de la capitale, nous avons laissé derrière nous le bruit et la fureur de la grande métropole, les célèbres brumes éternelles {On ne disait pas encore « pollution », à l’époque ;-) }, mais également la fraîcheur délicieuse du plateau pour la moiteur toute tropicale du grand port. La longue route sinueuse nous a sans doute portés jusqu’aux environs de 3000 m, et nous avons, bien sûr, aperçu le Popocatepetl , et cet autre volcan Ixtaccíhualtl , dont le nom évoque paraît-il, en Maya, sa bien aimée endormie. Arrivés en milieu d’après midi, nous trouvons aisément un joli hôtel, et nous visitons illico la ville, très animée en raison toujours de la grande fête religieuse qui se prépare. Les garçons et les filles ont revêtu leurs costumes d’apparat : pantalon et tunique de coton blanc et poncho multicolore pour les uns, jupe à rayure et chemisier brodé pour les secondes. Et puis il y a la mer et les bateaux, le souvenir de Gary Cooper et de Burt Lancaster, et l’ombre des troupes d’Hernan Cortes. La nuit nous expliquera le tarif modique de l’hôtel : le terminal de bus voisin fait un tintamarre inimaginable, et le sommeil n’est possible qu’à l’aide de boules dans les oreilles. {Un de nos oublis principaux lors de la préparation du voyage : les boules « Quiès ». Va-t-en demander ça à Washington ou a VeraCruz ! Il n’est même pas certain que cela existe. Et le silence nous apparut dès ce moment comme LE luxe des pays européens…} Samedi 13 décembre, Villahermosa, Gérard Hôtel Caballero, rue Lerdo. Une petite visite du port, une petite paella, et un petit « robolito » (poisson local) qu’une mémé vient me vendre pour « medio precio », et nous partons à l’autocar. Il pleut. Nous quittons le port pour filer vers Villahermosa . La route se déroule dans un paysage tropical magnifique : montagne entièrement recouvertes de végétation luxuriante, lacs, bananiers, zébus ( ?), cocotiers, papayers et des myriades d’arbres aussi bizarres qu’inconnus et gigantesques. Il semble ne pas y en avoir deux identiques. Certains ont des troncs nus couronnés d’un petit bouquet de palmes, d’autres ont pour fruits de gigantesques haricots (caroubiers ?). Le voyage s’achèvera de nuit après de nombreux (et longs) arrêts. L’ « opérateur », pas très « reliable » {la terminologie US nous imprègne encore !) drague tant et plus toutes les passagères à portée de son sourire, une à chaque arrêt, et ça mobilise tous ses sens lorsqu’il conduit. Ce qui ne nous emballe pas. Mais c’est mieux tout de même que lorsqu’en l’absence de proie, il met sa radio à fond… Arrivée vers 9 h à la « Casa de Huespedes » où l’on nous propose un taudis avec vue imprenable sur le garage d’autocars pour 70 pesos. On refuse. On trouve un autre logis à 70,50 sans lumière. On insiste, les prix augmentent : 80, 100… On finit par se rabattre sur une chambre assez bien à 90 pesos. Un peu le coup du héron… Dimanche 14 décembre, Villahermosa, Gérard puis Martine (Chambre à 60 pesos). Lever vers 10 h, départ 11 h : Expérience fort désagréable dans un restaurant bordélique et coûteux : nous perdons 1 h ½ et moult pesos…On ne gagne pas à tous les coups ! Recherche longue et infructueuse de la « Officina de turismo ».. Nous finissons par aboutir à la prison ! Le moral est en baisse. Puis recherche longue et fructueuse, tous seuls comme des grands, du Parque de la Venta, où on finit par passer par dessus les grilles (eu égard à l’heure tardive), et qui est fort intéressant et très connu. Nous y découvrons les fameuses « têtes » Olmèques , dont le faciès quasi négroïde cache encore bien des mystères. Animaux divers et nombreux, têtes Olmèques, touristes de tous poils : italiens, allemands bardés de Hasselblads. {Avant l’invention du numérique, le Hasselblad, rêve de tout photographe, est la Rolls du moyen format que l’on n’appelle pas encore « argentique »}. Retour à l’hôtel ; ce soir, musée de Tabasco , ouvert en soirée. Nous y restons 3 h. Bien que provincial, le musée est très chouette : beaucoup de personnages ou de têtes seules en terre cuite, dans des attitudes et expressions étonnantes de réalisme. Des reproductions de « livres » Aztèques originellement sur cuir, et de peinture murales qui peuvent rappeler celles de la Crète. Lundi 15 décembre, Palenque, Martine (Hôtel Regional, rue principale, 50 pesos) Lever matinal pour prendre le bus à 8 h pour Palenque . Nous partons avec du retard, et nous n’arrivons qu’à 11 h -1/4 sur l’emplacement des ruines. Elles sont assez groupées et situées dans un magnifique paysage de forêts tropicales, entourées de collines couvertes de végétation exubérante. {En 1976, les monuments principaux sont à peine dégagés, les sentiers qui les joignent à peine marqués, aucune structure de visite n’existe, et l’on sent la jungle toute prête à reprendre ses droits ; les impressionnantes racines des fromagers se faufilent entre toutes les pierres, et semblent capables des les éparpiller… Nous observons un long moment une sorte d’hermine locale, inconnue au bataillon… Le Temple des Inscriptions est le monument le pieux conservé, il recèle un tombeau avec une somptueuse et très grande stèle gravée. (On pense que cette stèle a servi à sceller le tombeau d’un des derniers empereurs Mayas, peut-être en y emprisonnant définitivement ses serviteurs voire une partie de sa famille…) Nous retrouvons nos italiens de la veille, qui au volant d’une vieille Oldsmobile, nous proposent de nous emmener à Merida. En route, nous passons aux cascades d’Agua Azul, desservies par une mauvaise route de pierres (Avantage du stop). Il faut deux heures pour atteindre ces cascades à l’eau effectivement transparente et bleue qui descendent en gradins. Le site est superbe, et nous y faisons trempette… . La végétation est toujours aussi luxuriante et magnifique, et abrite au milieu de vastes marécages hérons et aigrettes (a vue de nez semblables aux nôtres cette fois). On aperçoit aussi un nombre étonnant de hérons Garde-bœufs. Mardi 16 décembre, Campeche, Martine (Hôtel Campeche, place principale, 40 pesos.) Nous partons vers 9 h en voiture avec Carlo et Adriana, nos nouveaux amis italiens. Le temps est toujours chaud et assez lourd, le ciel un peu couvet. Nous traversons à nouveau beaucoup de marécages, où pullulent les oiseaux que nous prenons cette fois-ci le temps de regarder. Arrêt en début d’après midi au bord de la mer : plage de sable blanc bordée de cocotiers pour nous tous seuls ! Comme dans un dépliant ! L’eau est chaude, mais pas assez semble-t-il pour pour les irréductibles (Carlo et Adriana en font partie. Au menu : noix de coco ramassée sur la plage. Mais au moment d’entrer dans l’eau, nous découvrons avec horreur d’étranges animaux mi-crabe-mi-tortue, mis panzer qui émergent des vagues par centaines, et semblent venir se livrer là à des activités que la morale chrétienne réprouve fortement. Comment expliquer autrement leur propension à se monter dessus les uns les autres. Ces engins sont équipés d’un aiguillon menaçant d’une vingtaine de centimètres, qui leur sert, selon nos observations, à se retourner lorsqu’ils se retrouvent sur le dos. Gérard est stupéfait de découvrir ainsi des animaux dont il ignore jusqu’à l’existence. Et dont nous ignorons donc s’ils présentent un risque. {Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit d'innoffensives limules, rescapées du cambrien...} Arrivés à Campeche vers 17 h 30, nos amis optent pour le camping, et nous trouvons un hôtel assez bon marché tout à fait correct. (Gérard obtient, après une longue attente, une communication pour San Francisco, et peut parler à la dame qui suit notre dossier de traversée du Pacifique. Apparemment, nous aurions une place le 16 janvier ce qui serait fort bien. Confirmation dans une semaine.) Rapide visite du musée sans grand intérêt, l’ensemble de la ville est agréable ; nous y buvons un de ces délicieux jus de fruits dits « licuados » dont le Mexique a le secret et qu’on nous a fortement déconseillés de l’autre côté du Rio Grande. On a droit pour 3 pesos à un mélange au choix avec melon, ananas, orange, ou papaye. {Nous apprendrons plus tard que les blindés de débarquement se nomment Limules, que leur lignée remonte sans doute à l’ère secondaire, et qu’ils sont doux comme des agneaux et dénués de venin. A l’époque, on ne parle pas encore de LA météorite de Chixculub , tombée à cheval sur la péninsule du Yucatan et le Golfe du Mexique, et à qui l’on attribue aujourd’hui l’holocauste des dinosaures ; je le regrette aujourd’hui, j’aurais regardé le Yucatan d’un autre œil et cherché les traces de l’impact.} Mercredi 17 décembre, Mérida, Martine Hôtel Francia, calle 62, 45 pesos. Assez propre, mais les chambres communiquent (les cloisons ne vont pas jusqu’au plafond, et on peut suivre les conversations de tous les voisins si on parle espagnol, et les ronflements en toutes langues). Il n’y a que 150 km pour parvenir à Merida ; en chemin, grâce à la rigueur d’Adriana et de Carlo, nous visitons deux splendides sites Mayas ; A Kabah , pas très vaste ni impressionnant, on découvre de très expressives têtes du dieu de la pluie, Tlaloc, aux yeux globuleux et un nez en trompette. Capable de servir de marchepied. Uxmal, le plus remarquable pour les sculptures : réseau de croisillons comme décoration de fond de masques de dieux aux yeux noirs d’obsidienne. Nous escaladons une grande pyramide aux degrés très abrupts sur une trentaine de mètres, de quoi donner le vertige ! Arrivés à Merida à 18 h, nous avons encore le temps et l’énergie, après la sempiternelle recherche d’un hôtel, de nous balader en ville. Merida est particulièrement animée et assez touristique. Beaucoup de boutiques proposent les robes brodées portées par les femmes locales et d’inspiration Maya : les huilpils. Les rues sont très étroites ; pas de maisons remarquables, sinon les églises de style colonial espagnol, toujours très nombreuses. Jeudi 18 décembre, Izamal, Gérard (Hôtel Kabul, 40 pesos, avec bain, très bien) Après une nuit tumultueuse avec réveil à 6 h du matin par les voisins, virée au marché. Le marché est vraiment très intéressant, étals de fruits, de légumes reflètent bien les richesses du pays, et l’artisanat est superbe, et pas encore trop « orienté tourisme » : les sandales mexicaines, lanières de cuir et pneu d’automobile sont confortables, solides, belles. J’en tombe sous le charme. Martine ne trouve pas chaussure à son pied {que cherchait-elle, déjà ?}, puis 2 h d’attente au téléphone pour SF. En pure perte. Je n’apprends pas grand-chose de plus. Départ toujours prévu pour la fin janvier. A mon retour, Carlo est assez fâché d’avoir perdu tant de temps. On bouffe en vitesse, puis départ vers Izamal. La sortie de Merida s’avère difficile, puis au travers d’immenses champs de sisal on parvient à Izamal , où Adriana a encore une belle pyramide à nous montrer. Le village, style colonial, est charmant, à tel point que nous décidons d’y rester, et bien nous en prend, car l’hôtel est parfait. La pyramide, par contre, ne vaut guère le déplacement. Adriana, déçue, en convient. Le soir, longue discussion dans le patio de l’hôtel. Bien que la température ne soit pas très élevée. Des enfants nous chantent à plusieurs reprises des chants de Noël. Hé, oui, on est bien dans le même univers culturel… L’interprétation n’est pas toujours excellente, mais nous leur donnons la pièce de bon cœur. A l’heure d’aller se coucher, Adriana insiste pour qu’on essaye son nouveau hamac. Essai concluant, nous décidons illico d’en acheter un ! {Notre association avec Adriana et Carlo, commencée comme une journée d’auto stop, se prolonge petit à petit, et se stabilise. Elle est pourtant un peu contre nature, tant Adriana est méthodique, passionnée de ruines Mayas, exigeante. Alors que nous, et singulièrement moi, sommes d’abord des voyageurs, et n’aimons guère avancer le nez dans le guide archéologique. Cependant, nous y trouvons tous un intérêt : grâce à Adriana (et à l’Oldsmobile), nous découvrons des sites que nous aurions peut-être manqués, et y passons le temps désiré. Quant à nos italiens, ils y gagnent en sérénité, car pour Carlo, mathématicien de haut niveau, ajouter de l’essence dans le réservoir est déjà un problème. De plus, ils ne parlent pas espagnol, et ont pris l’habitude de communiquer en italien. J’aurai de nombreuses occasions de le dépanner. Il est clair que cette occasion a pas mal modifié notre mode de voyage, les étapes, les visites, les rencontres}. Vendredi 19 décembre, Porto Juarez, Gérard puis Martine (Hôtel Istanbul, 230 pesos pour nous 4. C’est bien mais petit.) Ce matin, à 7 h 30, Adriana nous réveille impitoyablement, café au lait sur le pouce, à 8 h 30, bagages pliés, on est sur la route, et à 10 h à pied d’oeuvre à Chichèn itzá . Il faut bien ça, pour arpenter dans tous les sens les presque 10 km carrés du site, où les sympathiques habitudes de peuples Mayas sont partout rappelées : puits pour précipiter les jeunes filles (cenotes), jeu de paume dont le perdant est promis à la décapitation, dieu de la pluie attendant impatiemment qu’on lui jette des cœurs humains à dévorer pour daigner faire tomber quelques gouttes d’eau, autels sacrificiels… L’ensemble de la cité antique est assez complet, et s’y mêlent les styles Maya et Toltèque. Nous sommes surpris de rencontrer ici des touristes : les sites que nous avons jusque là visités étaient tous déserts. Les commentaires en anglais, allemand, français et même espagnol fusent partout. Les sculptures sont nombreuses et bien conservées : classiques guerriers armés de lances et de boucliers, frises de têtes de morts, animaux sacrés au fronton des autels sacrificiels. Aigles, jaguars se repaissent de cœurs humains, et le célèbre serpent à plumes mis à toutes les sauces, ornant souvent les piliers et colonnes. {L’aigle symbolique des civilisations méso-américaines, celui de Teotihuacan en tous cas, est vraisemblablement un Pygargue à tête blanche.} Le temps est malheureusement gris et couvert pour la visite de ce site exceptionnel, et il tombe un peu de pluie. Sans que nous ayons dû sacrifier qui que ce soit. Nous prenons des photos, mais les vues larges sont rares. Vers 3 h après midi, épuisés par ces heures d’escalade incessante sur des escaliers fort raides, nous reprenons la route pour 150 km assez monotones à travers les paysages uniformément plats du nord du Yucatan, pour arriver à Porto Juarez. Nous y trouvons un seul hôtel très cher, et le temps ne s’arrange pas ; le vent se met maintenant de la partie. Samedi 20 décembre, Chetumal, Martine (Hôtel Iris, très moche, 50 peso, chambre à 4.) Le temps restant incertain, nous décidons de nous rendre directement à Chetumal , ce qui représente 400 km de route. Et il faut tout de même voir Tulum ! Heureusement la route est très bonne et nous ne perdons pas de temps. Fort heureusement, les nuages se dissipent en route, et la visite du site de Tulum se fait sous un joli soleil caraïbe. C’est idyllique. Les temples, quelque peu villageois, ont vue sur la mer turquoise, et jouxtent des plages de sable blanc bordés de cocotiers. Une vraie image de dépliant. Ce dont d’ailleurs les dépliants d’aujourd'hui ne se privent pas. Les ruines elles mêmes n’ont rien de rares, et les constructions, vues le lendemain de la découverte de Chichèn itzá, semblent bien modestes. Le fameux « Dieu Descendant » lui-même n’est guère majestueux. Déjeuner en route à Puerto Carillo : entrées savoureuses, mais très relevées, avec en particulier un inoubliable ananas au piment. Arrivée à Chetumal vers 16 h 30, et la recherche d’un hôtel s’avère laborieuse : une dizaine d’essais infructueux pour obtenir enfin, pour 100 pesos, une chambre à 4 lits assez sales, avec lumière et eau intermittents, et matelas humides… On est routards ou pas ! La ville, sans grand intérêt est un port franc, et regorge donc de boutiques détaxées où les américains, mais aussi des mexicains, viennent faire leurs emplettes de Noël. Bizarrement, ici aussi les sapins de Noël argentés et les boules multicolores sont de rigueur… Et l’animation se prolonge fort tard dans la nuit. Demain nous quittons, provisoirement le Mexique… ../.. Samedi 3 janvier, de Ciudad Cuhautemoc à Tuxtla-Guttierez , Martine (Hôtel Jardin, 90 pesos pour 4, et c’est tout à fait correct). Après cette incursion (trop brève, mais c’est notre lot) en Amérique centrale, le retour au Mexique est bien agréable. Nous avons l’impression de revenir en pays connu… Levés tôt ce matin. Il y a d’ailleurs toujours un coq pour nous réveiller. Quand ce n’est pas Adriana. Il y a même des vautours dans l’arrière cour de l’hôtel. {Sans doute les vautours « Urubu », petite espèce locale fort répandue qui prospère sur les charognes et les décharges publiques. Pas très beau} Déjeuner frugal, et nous voilà en route. Deux heures de voiture pour parvenir à Comitan, qui se remet à peine du passage de la caravane électorale de José Lopez Portillo, nouveau candidat du PRI. {Lopez Portillo sera élu président, et remplacera Luis Echeverria , précédent candidat du PRI, déjà mentionné plus haut. Il faudra attendre les années 90 pour qu’un président ne sorte pas des rangs de ce parti indéboulonnable.} Slogans démagogiques, portraits en couleurs, banderoles : un peu trop de publicité pour être honnête, cette élection ! Quel débauche de dépenses de propagande ! Et pas trace d’un candidat concurrent sur les affiches… Toutes les villes que nous traversons sont d’ailleurs jonchées des traces du passage de la caravane et de son héros. Devant notre hôtel se dresse le podium de son dernier discours. Aucun doute : il sera élu ! Carlo recherche une assurance pour la voiture. {Il devait contracter des assurances temporaires, pays par pays. J’avais oublié ce détail}. Nous repartons pour San Cristobal de las Casas {Que le sous commandant Marcos n’a pas encore rendue mondialement célèbre, mais dont le charme touristique est déjà décrit dans tous les guides}. Nous y arrivons vers 11 h. Nous partons aussitôt à la visite de la ville qui s’avère digne de l’intérêt qu’on lui porte. Les habitations sont fort jolies, les rues très animées. Le marché offre profusion de blouses, sarapes, cuirs… Sagement nous résistons aux tentations. En revanche, la pellicule photo défile au kilomètre. Les marchands indiens aussi bien que les chalands sont vraiment caractéristiques, ont fière allure, et pour tout dire sont beaux même dans leur misère palpable. Leur profil semble sorti des stèles de Copan. Nous argons du « manque de place » pour ne pas acheter. {Ce n’est pas qu’une fiction : le poids et le volume resteront nos ennemis pendant tous ces mois !}. Le marché ne « fait » pas beaucoup pour le touriste ; quelques artisans occupent ce créneau, et on aperçoit bien quelques chapeaux texans, mais à peine visibles parmi la nombreuse population autochtone. Les vêtements indiens sont beaucoup moins colorés qu’au Guatemala, et qu’ailleurs au Mexique : souvent une simple sarape de laine unie blanche ou écrue sur un pantalon court. Le squintar fait merveille comme à l’habitude. Nous repartons en début d’après midi, pour arriver à Tuxtla Guttierez quelques heures plus tard. Le problème d’assurance n’étant toujours pas réglé, et ne pouvant se régler ce soir, nous décidons de passer la nuit ici. Dimanche 4 janvier, Oaxaca, Martine puis Gérard (Hôtel Colon, calle Colon, 70 pesos / pers ; assez bien et propre. Les tarifs semblent élevés, pour moins que 70, on ne pouvait espérer que du miteux). Lever 7 h comme d’habitude. Les « Carlo » sont déjà au turf pour leur assurance. Finalement, ça coûtera 20 pesos et on partagera ; Adriana rappelle gentiment qu’on n’a pas partagé celle du début. Je prends le volant et on roule. 200 km d’une traite jusqu’à Tehuantepec où l’on déjeune. Repas de poisson, tout à fait bien. Tout cela d’abord sous la pluie, puis le temps s’éclaircit, et bien vite on cuit ; je mets la clim en route, c’est la seule chose qui marche bien sur ce « char ». {Surprenant pour nous français : à l’époque aucune voiture n’en était équipée chez nous, et ce « gadget » américain faisait rire tout le monde. Nous n’avions pas encore intégré que la civilisation US préfigurait immanquablement la notre jusque dans ses aspects les plus ridicules.} Ça tortille, monte, descend, le revêtement est irrégulier, et la « Cutlass supreme » navigue suprêmement dans tous les sens… Je ramasse un stoppeur, un jeune sympa. Dans l’isthme, il y a un fort vent, et la « Cutlass » donne libre cours à sa joie de traverser la route d’un bord à l’autre. Après le repas, Carlo conduit, et c’est le salaire de la peur. Il fonce à 80 miles puis freine en catastrophe ; on boucle prudemment nos ceintures {là encore, ce n’était pas une habitude courante en Europe, et l’équipement de série commençait à peine…}. Une ample remontée, et le paysage montagneux s’élargit, devient vaste et grandiose. Le cactus s’impose, et les magnifiques et emblématiques « candélabres » deviennent nombreux ; ils sont très hauts, denses et verticaux. La station d’essence n’a plus d’essence ; on roule en serrant les fesses, on fait les descentes en roue libre, ce qui, avec la boîte automatique, le freinage et la direction assistés, n’est pas très prudent ni agréable. On arrive finalement au restau « Santa Catarina » où on se fait transvaser 5 litrons en siphonnant. Le stoppeur avale une lampée et paye. A la prochaine station, on ne prend que 30 litres (fort peu pour cette gloutonne de Cutlass) car Carlo ne veut que du super et il n’y en a pas. On visite les ruines de Mitla (c’est nul), et on admire l’ « arbre de Tula » ; polémique sur sa hauteur, mais son tronc est vraiment extraordinaire : plus de 15 m de diamètre (on dit bien 42 m de circonférence !). {Relisant le manuscrit, nous avons comme un doute et le souvenir de cet épisode s’est effacé.} Le soir, à Oaxaca , c’est une agréable soirée ressemblant à celle de Merida et de tant d’autres villes : foule sur la place, musique au kiosque, ballons, marché très animé et peu touristique, où nous acquérons finalement la hamaca de nos rêves pour 180 pesos. {Ce beau hamac « matrimonial », dont on nous a promis qu’on y concevrait de beaux enfants, a tenu ses promesses, et nous l’utilisons toujours !} Lundi 5 janvier, Izucar de matamoros, Martin (Hôtel à 40 pesos, chambre correcte) Promenade à travers Oaxaca toute la matinée. On arpente le marché très vaste et partagé en secteurs bien spécialisés : fruits et légumes, restauration, tissus, vêtements, cuirs… On se laisse tenter par un nouveau hamac pour le Marégau, bien plus beau et mieux fait. On ne revient pas du Mexique sans hamac ! La ville est très animée, et chose agréable, les touristes ici aussi sont noyés dans la population autochtone. Monuments et maisons n’ont rien d’exceptionnel, à part peut-être la cathédrale d’un baroque assez compliqué, dont les stalles sont étonnamment placées vers l’entrée, en face de l’autel. Mais l’ensemble de la ville est fort agréable. Le musée, quant à lui, est fermé. La veille, nous avons assisté à une ancienne coutume fêtant la nouvelle année : sur des tables à tréteaux installées près du Zocalo, les gens partagent une grande galette accompagnée d’un bol de liquide indéterminé. Quand ils ont terminé, ils jettent leur bol par terre en faisant un vœu. La rue était ainsi jonchée de morceaux de faïence. Dès 12 h 30, nous reprenons la voiture pour grimper à Monte Albano où se trouvent les restes d’un centre de culte remontant aux Zapotèques . Un bel ensemble de pyramides, avec cour et autel sacrificiel domine Oaxaca et un ensemble montagneux grandiose. Le reste de la journée se déroule dans la voiture. Paysage toujours grandiose : nous dominons plusieurs chaînes de montagnes, et le Popocatepetl avec son petit cône enneigé se découpe à l’horizon. Beaucoup de cactus de toutes formes. Nous roulons jusque vers 8 h ½. Izucar est une ville plaisante, et nous nous promenons dans le marché spécialisé en jouets, sans doute à cause de la nouvelle année… Mardi 6 janvier, Taxco, Martine puis Gérard (Grand hôtel Mendeles, 75 pesos, très bien) Départ de bonne heure, Carlo ne tient pas la forme et sommeille à l’arrière. Gérard conduit sur une route de montagne très tortueuse, surtout aux approches de Taxco , bâtie à flanc de montagne dans une vallée étroite. Nous avions repris un peu de piste en, cours de route, peut-être par nostalgie de celles du Guatemala. Arrivée vers 12 h, nous trouvons rapidement un hôtel et nous nous reposons car la route m’ a donné un fort mal de tête. Visite de la cathédrale, assez impressionnante dans un style rococo plutôt chargé : sculptures nombreuses à l’extérieur, mais l’intérieur surtout est spectaculaire. Il regorge de grands panneaux de bois sculpté et doré, placé en général au dessus des autels. Profusion d’anges joufflus et de prélats qui doivent monter on le suppose au paradis. On glande un peu dans les rues, en fait il ne s’agit pas d’une flânerie innocente : Martine entre dans toutes les « platerias » pour essayer toutes les bagues. {Trente cinq ans plus tard, elle se souvient encore de ne pas avoir trouvé la bague de ses rêves dans l’ancienne capitale de l’argent…}. La ville est agréable mais très artificielle et uniquement touristique : restaurants, hôtels, souvenirs… On achète de belles écorces peintes à un artiste vendant sans doute sa propre production. {Ces écorces trônent toujours chez nous et n’ont pas perdu de leur couleur…}. On monte dans de petites rues bien peignées, jusqu’à une petite place, d’où la vue embrasse tout le site : c’est joli mais pas extraordinaire. Les maisons, de forme compliquée, d’architecture biscornue sans doute à cause du profil du terrain, ont l’air agréables à habiter. On déjeuner et on dîne dans le même restaurant où le personnel est super antipathique. Martine finit tout de même par trouver un super anneau d’argent chez un artisan super-baratineur, qui nous fait un prix « spécial français ». On est contents, on a bien dépensé notre pognon. Le soir on reste un bon moment sur la petite place, il fait bon et calme. Mercredi 7 janvier, Mexico, Gérard (Hôtel Ontario, Uruguay, 45 pesos) Départ de Taxco vers 8 h 30. Je conduis. Très vite on commence à s’engueuler avec Adriana qui é déjà décidé de la méthode à utiliser pour entrer dans Mexico. {Il est vrai que sur « la route », on prend vite des habitudes d’indépendance extrêmes…}. Je lui refile finalement le volant. Grâce à l’autoroute, Mexico est atteinte très vite, et à 11 h 30 on est dans les faubourgs ; alors Adriana se dégonfle et me repasse à nouveau le volant. On arrive presque jusqu’à l’hôtel Ontario et on retrouve avec plaisir la ville et nos habitudes d’il y a un mois. L’après midi, séance de téléphone à Caroline de la ligne de cargos ; nouveau contretemps : le bateau ne partirait qu’à la fin du mois. Ce sera la Letitia Lykes ; il faudra faire avec ce retard. On file ensuite au courrier. Il y en a beaucoup, et de bonnes nouvelles. Cela nous fait plaisir et nous met de bonne humeur. Achats à la librairie française : des ouvrages pour préparer le voyage en orient. On rentre ensuite à l’hôtel dîner au Sanborn’s où les enchiladas s’avèrent moins bonnes que les chilaquiles. On discute assez tard avec Carlo et Adriana, et on s’endort bercés par le doux bruit du gravier que l’on décharge juste sous notre fenêtre. Jeudi 8 janvier, Mexico ; Gérard Journée « peu positive » : après le petit déjeuner, on part au consulat d’Indonésie. Mais il a déménagé, et on file à l’ambassade. Ça prend deux heures pour nous dire qu’il nous faut une recommandation de l’Ambassade de France. On y va, mais le consul n’y est pas, et il est le seul à pouvoir la signer. Nous repartons bredouilles. On oublie de demander s’il y a des activités culturelles en Français. {Que de temps, dans un tel voyage, est passé en formalités, attentes et contre temps. Mais il est vrai que ce sont aussi des occasions de rencontre, et de découvrir une des dimensions des lieux visités, des usages et de nos relations avec les pays découverts.} On téléphone à Guadalupe, que l’on aimerait rencontrer, mais la conversation est interrompue… L’après midi est consacrée au courrier, puis on rédige la baratin qu’il faut inclure dans nos dossiers de réintégration professionnelle… On va ensuite à la poste pour expédier des colis, mais le guichet est fermé. Dernier repas avec nos amis italiens qui partent demain pour les US. Le soir, en cherchant le type rencontré à Santiago de Atitlan , on rencontre une française anarchiste assez sympa avec qui on discute fort tard dans la nuit. {Si longtemps après, les visages de ces compagnons d’une soirée est souvent effacé, mais le souvenir de ces échanges est parfois bien vivant. Il est étonnant que chacune de ces rencontres ait alors semblé le début d’une relation forte alors qu’elle était d’évidence éphémère.} Vendredi 9 janvier, Mexico, Martine Mêmes démarches que la veille, mais cette fois-ci couronnées de succès : à l’ambassade de France on obtient sans difficulté la lettre de recommandation ; on y trouve aussi le programme complet des réjouissances francophiles de Mexico. Retour à l’ambassade d’Indonésie où comme par miracle les visas sont accordés en ½ heure ! Plus question de billet de sortie… {NB : à ce stade du voyage, nous ignorions encore si le projet serait réalisable !} L’attaché d’ambassade nous fait un cours sur Sulawesi et la « civilisation Toraj a », selon lui encore à l’âge du fer, et nous donne même des documents sur ce sujet. Je n’avais jamais entendu parler ni de l’île ni des Toraja ci-devant réducteurs de têtes, et le nom de la capitale usité en Europe ( Macassar ) n’a plus cours… Puisque Mexico est désormais notre camp de base, nous retournons au Musée que nous n’avions fait qu’entrevoir. Nous achevons derechef la seconde moitié du rez-de-chaussée ! Il ne reste donc plus que le premier étage… un monceau de sculptures, d’objets usuels, de reconstitution. Le panorama complet des civilisations Aztèques , Olmèques , Maya . Les Toltèques de Oaxaca. Schémas, explications, chronologie, tout est parfait. Nous nous promettons d’achever la découverte. Petit déboire pour finir la journée : je me fais voler mon porte-monnaie dans mon sac à main lors d’une bousculade dans l’autobus archi-bondé. Bilan : 260 pesos ou 100 F (15 €) et des boucles d’oreilles en argent achetées au Guatemala. Je ne suis pas très fière, et nous décidons de « renforcer la sécurité » de nos sacs à l’avenir. {Rétrospectivement, il nous apparaît comme miraculeux que ce dérisoire incident soit à peu près le seul de notre voyage. A l’époque, la mythologie sécuritaire n’a pas encore cours…} Samedi-dimanche 10 - 11 janvier, Mexico, Gérard Grasse matinée jusqu’à 11 h. Tentative d’envoi de colis postaux (achats, pellicules photos : une préoccupation récurrente), non couronnée de succès : pas moyen de connaître les contraintes. Puis c’est l’expédition de la journée : métro jusqu’à Taxqueña , puis le petit tramway de Xochimilco. Comme il y a toujours au moins une femme avec bébé, je suis réduit à faire tout le voyage debout. Et c’est long ! Martine couve jalousement son sac à mains renforcé d’un mousqueton… Xochimilco , jardins immémoriaux. Il y a là un marché qui vaut vraiment le déplacement. On se promet d’y revenir. Nous rencontrons trois français, mais ils ne sont guère liants. {Lors d’un court voyage, on ne recherche pas forcément des « pays ». Mais lorsque l’éloignement dure depuis plusieurs mois, ça devient agréable de rencontrer des coreligionnaires. Nos italiens même nous avaient semblé des cousins, dans cette Amérique si différente.} Un mexicain nous dirige vers le lac. Puis se débrouille pour nous retrouver à tous les carrefours, et finalement nous propose sa barque pour 150 pesos. On sourit. Il suggère 100. Quand on s’éloigne, il en est à 80. Les tractations finissent là car un second larron nous emporte pour 30 pesos. {La question du marchandage, pour nous, n’est jamais résolue, et nous met toujours mal à l’aise. Du haut de notre aisance effarante en comparaison des ressources locales, nous n’avons jamais le sentiment de « nous faire avoir », alors que nous pouvons vivre pour des sommes pour nous très modestes…}. Si le site est joli et chargé d’histoire, on ne peut pas dire que la visite soit passionnante. C’est la promenade dominicale des mexicains pas trop fauchés. Le pilote avance en poussant sur le fond avec une perche, comme Crockett sur le Mississipi. Toutes les vingt brasses, on se fait accoster : tantôt par un vendeurs de huilpils, puis par un limonadier, un photographe, un vendeur de tacos, une bande de mariachis… Folklore touristique. Au retour, on casse la graine, cher et décevant, puis on visite le marché. Moins intéressant qu’on le pensait. {Déjà bien rôdés à l’artisanat mexicain, on commence à être exigeants, et à rechercher de « vrais » objets et non des bricoles pour touristes : qu’il s’agisse de sandales en cuir, de vêtements ou de peintures, on peut trouver le meilleur et le pire, et le sites comme Xochimilco ne sont pas les meilleurs. La Lagunilla de Mexico est bien plus riche…} Retour en car bondé, et le soir repas avec d’autres voyageurs à l’Atena : très bon et pas trop cher. Les autres nous terrorisent par le récit des attaques dont ils ont été victimes ; nous en parlons jusque tard dans la nuit. {Ce sera bien entendu aussi un des thèmes récurrents des discussions entre voyageurs…} Dimanche, on monte au marché aux puces de la Lagunilla. Ce n’est pas St Ouen, mais les boutiques alentours proposent beaucoup de beaux objets. On se propose de revenir avec plus d’argent. On file ensuite aux arènes, par le bus « Plaza Mexico ». Une corrida au Mexique, ça doit valoir le déplacement. Les arènes sont immenses, et il y a un monde inimaginable. En dépit d’une heure de queue, on ne parvient pas à acheter des billets. Aux portiques la tension monte, le cœur de Mexico semble battre ici, et les gens semblent prêts à en venir aux mains. De l’intérieur des arènes parvient déjà une immense rumeur. Nous regretterons de ne pas avoir accepté les billets qu’on nous proposait au marché noir. (10 pesos au lieu de 4. Mais quand on a des principes…). Reste que l’ambiance était à voir : tacos, boissons, chapeaux à expédier aux matadores, figurines, bousculades, escalade des murs d’enceinte… Retour à l’hôtel après une difficile recherche de bus, repos après cette longue journée. Demain : fric, poste, autocars pour Puebla et Cuernavaca (ou train), San Miguel… Lundi 12 janvier, Mexico, Martine Beaucoup de km à pieds, pour cette journée. Et le centre de Mexico est épuisant. {Circulation incroyablement dense et désordonnée, pollution terrible des véhicules mal réglés et hors d’âge, et surtout, niveau sonore inimaginable de tous les engins et des bus Delphin en particulier… C’était le lot du Mexico des années 70} A la poste, on apprend que l’envoi d’un colis de 1 kg pour la France nous coûtera 200 pesos, soit 15 US $. Exorbitant. {Le chiffre date : 12 € pour envoyer 1 kg au Mexique : chiche !}. Billets de car pour Puebla , achats à la Lagunilla : sandales pour le frère de Gérard, bijoux pour les mamans, vanity case que je guignais depuis deux jours pour moi. {Ces sandales, dont Gérard était vraiment accro, ont duré des décennies : il leur a fait faire les « 150 mil kilometros » garantis. Puis, signe des temps, c’est Hélène notre fille qui les lui a remplacés trente ans plus tard lors de son propre voyage au Mexique…} Le soir, concert de piano au centre culturel de l’ambassade de France. Mardi 13 janvier, Mexico, Gérard Aujourd’hui, virée à Puebla en Ado {Ainsi est-ce noté dans le carnet, mais qu’est-ce que ça signifie, je ne sais plus. Compagnie de cars ?}. Ça fait plaisir de quitter Mexico ; la ville est fort agréable, l’air léger. Ça ressemble un peu à Morelia ou à Oaxaca, sans nous plaire autant. La cathédrale, détour obligatoire, est plutôt laide à l’extérieur, mais d’un rococo extraordinaire à l’intérieur. On n’a encore rien vu ! Le marché n’est pas inoubliable, et nous atterrissons finalement à l’église Santo Domingo. L’intérieur baroque en diable, recèle des tonnes d’or (de peinture dorée en tous cas !), et la « Chapelle du rosaire (de la rosée ?) dont le travail est proprement inimaginable. Fioritures en haut relief sur stuc, dorées à la feuille, colonnes torsadées, sculptures, peintures. Rien de tel en Europe, même en Espagne ou en pays orthodoxe. Nous allons en bus au fort Loretto, où se trouve le musée de la célèbre bataille de Puebla (5 de mayo 1863). Nous voilà de nouveau confrontés aux traces de l’impérialisme Français… On s’y attarde plus que de raison, puis le bus trainaille, tant et si bien qu’on loupe le car de retour malgré une course effrénée où Martine perd ses verres de lunettes. Pour se faire rembourser le billet, on doit pleurer et jurer qu’on avait l’heure du Pacifico ! En taxi, on rentre à Mexico de justesse pour voir « La bataille du rail ». {Il apparaît que nous avions un peu le « mal du pays », pour ne pas manquer une occasion de voir un film français… Mercredi 14 janvier, Mexico, Gérard Martine a attrapé « la crève », et nous restons à l’hôtel toute la journée. Je fais quelques courses : achat de journaux, recherche d’horaires, American Express où nous attend une lettre de Thierry. Le soir on en profite pour écrire une quinzaine de lettres. {Rappelons que c’était notre seul moyen de communication avec nos familles et amis : aucun coup de téléphone pendant un an. Pratiquement toutes nos lettres arrivèrent à destination, mais hélas, il n’en reste pas trace à ce jour…}. Jeudi 15 janvier, Mexico, Gérard On ne prend pas trop de risques : retour au musée, qui décidément nous fascine. Nous parvenons cette fois à terminer la visite avec les civilisations du Nord, plus proches de celles qui couvraient le territoire des actuels Etats Unis, et de l’actuel Canada. Enfin la partie ethnographique. Nous recherchons furtivement des touristes français susceptibles de ramener des colis, mais pas de chance aujourd’hui. Deux suissesses et un couple ne se montrent guère enthousiastes… Vendredi 16 janvier, Mexico, Gérard Nous connaîtrons finalement tous les alentours de la grande capitale. Le métro nous amène à Taxqueña, selon un itinéraire désormais habituel, puis la compagnie « Flecha roja » nous traîne jusqu’à Cuernavaca . Cette grande ville si célèbre et au si joli nom nous déçoit un peu. Certes les banlieues résidentielles (cette ville est à Mexico ce que Chantilly est à Paris) sont fort jolies, mais le centre est décevant et quelconque. (deviendrions nous difficiles ?). On se fait assaillir sans cesse par des vendeurs de n’importe quoi. Visite bien entendu du palais de Hernan Cortes qui n’a plus grand-chose d’époque, mais abrite un intéressant musée : objets espagnols d’époque, photos des épopées révolutionnaires… On s’y attarde longuement. Le jardin « Borda », est lui très décevant. Nous retrouvons le soir le métro bondé de la capitale… Samedi 17 janvier, Mexico, Gérard Visite express à l’American du même nom qui a le bon goût d’ouvrir le samedi matin. Une gentille lettre de notre amie algérienne Zahia, et plusieurs missives adressées à un certain Collet John, apparemment australien. Bus jusqu’à Chapultepec où se trouve le musée d’art moderne. Il fait un froid alpin ou jurassien. Les mexicains son engoncés dans leurs ponchos ou leurs sarapes et caillent fermement, nos doudounes sont rentrées en France, ciel couvert sans espoir de soleil. Le musée nous séduit d’emblée par son architecture moderne et bien conçue, organisée autour de salles circulaires où les panneaux d’exposition sont rayonnants, et agréables à visiter. Nous découvrons les toiles du célébrissime peintre français Pierre Soulages (dont nous ignorons jusqu’au nom) : une série de bandes noires sur fonds divers ne nous bouleverse guère. A quelques unes ne manquent que quelques touches de peinture pour faire un honorable tableau noir. Il doit falloir être très cultivé pour les apprécier… Par bonheur, il y aussi une expo permanente de peintures et sculptures qui nous ravissent, telles : « Aguila » en onyx, ou « Lluvia » où des lignes obliques de fil de fer sub-parallèles donnent une saisissante impression d’averse sur une petite scène découpée. Des toiles aussi, avec différents essais figuratifs ou non. Bandes de couleurs à reliefs incisés : « Femme dévorée par des poissons » (ou sont-ce des phallus ?). {Nous avons hélas omis de noter les noms des artistes !}. Nous rencontrons deux jeunes mexicains du lycée français qui parlent étonnamment bien notre langue, et nous nous extasions ensemble devant les toiles na£ives haïtiennes : classiques scènes de marché ou défilés militaires. D’autres plus récentes (« La petite marchande ») nous plaisent énormément. Au moment de se quitter, Alfredo nous invite à une fête donnée chez lui le soir. On accepte évidemment avec enthousiasme. En rentrant, on file au terminal acheter les biftons pour Guanajuato (53 pesos). Non sans manger une dernière fois à la « Habana ». L’épisode Mexico se termine hélas ! On fait les bagages, puis on bigophone à Alfredo qui nous attendra au métro « Normal ». C’est l’anniversaire du Grand père. Nous sommes reçus très chaleureusement, whisky, olives, cacahuètes… Les gens nous assaillent de moult questions puis exhibent quelques mots de français, où revient souvent : « Comme-ci comme-ça », que décidément les étrangers adorent. Alfredo nous présente à tous. On mange des tamales magnifiques, tandis qu’un guitariste et une chanteuse fort inspirés font chanter toute la famille et pleurer le Grand père. C’est très lyrique, on entend souvent : « Mi corrazon » ou encore « mi alma »… Mais il y a aussi quelques chansons humoristiques voire gaillardes, qu’Alfredo traduit tant bien que mal. C’est vraiment une magnifique soirée, mais qu’est-ce qu’on se caille ! On rte bien sûr le métro, le dernier, mais enfin, alors que tous partent, qu’on nous souhaite des tas de bonheurs, arrive Jaime, le frère aîné, béret, foulard. Il dit à peine « Buenas noches », et propose de nous ramener à l’hôtel en voiture. Nous nous couchons à 3 h. {Relisant ces lignes oubliées depuis trente cinq ans, je réalise à quel point c’était une chance de disposer de tous ce temps, de toute cette liberté, pour vivre vraiment sur place, apprécier les lieux les plus ordinaires, les transports en commun, les restaurants, les bars, la lumière du petit déjeuner rencontrer les gens, répondre « oui » à chaque proposition… Le Mexique restera sans aucun doute l’un de nos plus forts souvenirs…} Dimanche 18 janvier, Guanajuato, Martine Nous quittons (pour longtemps sans doute) Mexico et sa redoutable pollution. De nouveau nous reprenons les longs voyages en car oubliés depuis plus d’un mois et notre destin de routards. Cinq heures et demi de trajet où nous avons beaucoup sommeillé, pour compenser une nuit très courte, puis nous arrivons à Guanajuato , très jolie ville nichée au pied des montagnes, qui fut une ville minière mythique. Vue d’une des collines environnantes que nous nous sommes hâtés de gravir, la ville nous fait penser à Ghardaïa. Nous explorons notre nouveau domaine, ruelles, marché, et écoutons l’inévitable orchestre de mariachis (on en a entendu de meilleurs…). Repas, lecture et dodo. Lundi 19 janvier, Guanajuato, Martine, puis Gérard Hôtel Reforma, Calle Juarez, 45 pesos. Virée à San Miguel de Allende , un peu fatigant car c’est à nouveau 4 h de route, et les inévitables fumeurs nombreux dans les cars. {Hé, oui, le « politiquement correct n’est pas à l’ordre du jour, et la simple idée que la fumée peu indisposer est encore incompréhensible en ces années. Par ailleurs, Le nom d’Allende n’est pas encore synonyme de résistance au fascisme, car le coup d’état chilien est encore en gestation…} La ville mérite sa réputation, elle est magnifique, avec ses nombreuses églises baroques (colonial) aux portails surchargés. Les maisons, anciennes pour la plupart, ont gardé le caractère –et le charme- coloniaux eux aussi. Rues étroites, très pentues, et pavées // (de bonnes intentions ?), non, de galets du plus bel effet romantique (les fameuses « calades » espagnoles.) On prend quelques photos, ce qui ne nous était pas arrivés depuis longtemps. {Signe tangible du fait que nous avions dépassé le stade du « tourisme primaire » à Mexico…} On déjeune au « Colon » où tout est froid, et le café dégueulasse. Il s’avérera difficile d’en trouver un correct. On arpente les rues bordées de coquettes maisons, et au marché on se fait rouler à la « jugueterie », Martine ayant confondu « tres » et « trece »… Retour à Guanajuato en fin d’aprème par la « Flecha amarilla ». Nombreux jus de fruits au marché couvert. Dans les rues, pour se réchauffer, les gens dévorent du maïs bouilli servi par de petits marchands qui entretiennent un feu de bois sous une grande gamelle d’eau bouillante. Les femmes, huilées jusqu’au coude, retournent des tacos dans de grands plats emplis de graisse brûlante. Il fait vraiment trop froid pour nous… Mardi 20 janvier, Guanajuato, Gérard Lever vers 9 h 30 au son de la voix des femmes dans le couloir… Petit déjeuner copieux, et on fonce chez Cervantès, le toubib de Guanajuato , pour lui exhiber l’oreille de Martine à nouveau infectée, cette fois avec l’aide de l’antibiotique prescrit avant le départ par sa toubib, lequel lui a à moitié brûlé le pavillon. Cervantès n’y va pas par 4 chemins : 6 piqûres de pénicilline ! Devant l’ampleur de la tâche, on mollit, et on ne prend que l’antibiotique externe. A la fin de la consultation, le dit Cervantès à qui on s’est escrimés à expliquer notre cas en castillan, déclare tout de go : « On ne peut pas écarter l’hypothèse que votre peau soit allergique à ce métal » (sic), presque sans accent. {La santé était évidemment une préoccupation : ici pas de sécu, et pas de bouche à oreille pour se faire recommander un médecin. Tout au feeling. Nous avions compté sur la chance, tout en prévoyant de pouvoir rentrer dare-dare en Franc si nécessaire, et si possible}. Par les ruelles, nous grimpons au sommet de la ville (chassez le naturel…), et le décor se fait maghrébin : terre rouge desséchée, figuiers de barbarie ou assimilés, ânes, et nombreux gamins. Mais moins tout de même que là bas, et plus soignés. Tacos de pollo au marché, aussi chers qu’au restaurant mais meilleurs et chauds. Nous ne partirons pas aujourd’hui, car nous voulons aller jusqu’à la mine d’argent. Un policier-rossignol nous indique à quel terminal de « camiones » se rendre ; c’est l’urbain, et pour un peso d’économie, on poireaute une heure de plus. Attente, faux renseignements, faux départ… Puis arrive le « montaña », et c’est la ruée ! On n’a aucune chance, et on monte bons derniers. Le car atrocement poussif dispose d’une boîte de vitesses démoniaque. On arrive enfin à « la Valenciana », qui sent l’abandon. Nous montons au clocher de l’église, dont la moitié des cloches sont tombées, les autres cassées. La mine d’argent, que l’on rejoint à pieds, date de la colonisation et paraît très désuète. Très sympas, des travailleurs nous expliquent : 525 mètres de fond. 50 mineurs, 30 camions de minerai par jour, soit 30 kg d’argent plus un peu de quartz… Les colonisateurs n’ont pas laissé grand-chose. Nous rentrons à pieds, dans un vent qui glace les veines. C’est avec plaisir qu’après un bon « jugo », on se repose un peu, avant de retrouver l’ambiance des soirées qu’ l’on aime tant ; mais il fait de plus en plus froid. Mercredi 21 janvier, Guanajuato, Gérard Ce sera notre dernier jour au Mexique. Et quand donc y reviendrons nous ? Repos relatif : tout ce que nous n’avons pas encore vu, il faut le trouver aujourd’hui. Et nous découvrons maintes ruelles, églises, jolies maisons… et finalement tombons sur le charmant Zocalo, minuscule, bien caché derrière ses arbres bien taillés, et qui recèle entre autres joyaux le meilleur restau de la ville. Pour 25 pesos menu complet, on se régale d’un « pollo en salsa de champiñones ». Mais il fait de plus en plus froid, le vent force, le soleil se cache, et on va maintenant de bistrot en café… Une petite visite à l’inévitable statue équestre brandissant comme tant d’autres un flambeau. Mais le vent a finalement raison de notre courage. Un dernier « jugo », puis on récupère nos sacs, et on saute dans un car de la « Estrella blanca », direction Laredo, cap plein nord. Chouette, le car n’est pas plein, on pourra dormir un peu. (Martine dormira même beaucoup !). C’en est déjà fini du Mexique… Aux arrêts de la nuit ( Sans Luis Potosi, Saltillo, Monterrey ), nous ne trouvons que d’immenses « terminales » qui ressemblent déjà à ceux des Etats-Unis : la transition est en marche. -------------------------- Notes 1 La mention peut aujourd’hui sembler inutile, puisque aujourd’hui toute jeune femme se doit d’avoir essayé cette méthode… Mais A l’époque, personne en Europe n’aurait copié cela ! 2 Au-delà des bonnes intentions du créateur de cette ligne de chemin de fer, il convient de lire le remarquable point de vue historique d’Eduardo Galeano : « Les veines ouvertes de l’Amérique Latine » 3 En fait, Martine a raison : j’essaye. Mon castillan sonne assez bien, et laisse à croire que je maîtrise la langue… Mais lorsque le débat se complique et s’étend à la philosophie, à la géographie, à la politique, mon vocabulaire montre vite ses limites ! Je n’ai, en tous cas, jamais oublié cette longue discussion confiante sur le développement. 4 A ce point de notre périple, rien ne prouve encore que notre pécule sera suffisant, nous avons quelques inquiétudes et surveillons le niveau des ressources. Nous pensons parfois à l’hypothèse de chercher du travail pour arrondir les angles. Mais où et à quel prix ?
Tout notre voyageNotes Les récits proposés ici sont les transcriptions exactes mais non intégrales de nos notes de voyage. Inutile de dire l'émotion (heureuse) ressentie à la relecture de ces carnets amoureusement gardés de déménagement en déménagement... Quelques considérations on été ajoutées lors de la construction du site, 35 ans plus tard. Elles sont entre crochets {}. Nous avons maintenu l'écriture à deux mains, car les styles et les réflexions diffèrent parfois.