La frontière se passe sans encombres, et malgré les nombreuses formalités (le douanier compte les pneus, les rétroviseurs, les essuie-glaces et note tout soigneusement), les fonctionnaires du poste ont très sympas. Au Guatemala, le décor change vite, et aux maisons de bois de style caribéen succèdent des paillotes aux murs de branchages, couvertes de feuilles de bananier. Reliquat d’architecture Maya, probablement. Pas d’électricité, pas d’adductions d’eau, et les routes deviennent infernales. En tous cas pour la grosse Oldsmobile, davantage faite pour les périphériques des grandes villes des E.U. C’est l’habitat le plus rustique que nous ayons vu jusque là. Mais les flics ont tout de même de rutilantes mitraillettes dernier cri. {Il faut dire que le pays est en guerre « asymétrique » depuis 1960, après un soulèvement d’une partie de l’armée contre le gouvernement. S’achevant 30 ans plus tard, le conflit aura fait environ 100.000 morts. A l’origine… une opposition à l’influence des E.U., qui avaient fait du Guatemala le prototype de la république bananière. {Voir l’article de Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conflit_arm%C3%A9_guat%C3%A9malt%C3%A8que } La nature et superbe et luxuriante, nous mettons 4 h pour atteindre Tikal (environ 50 km.) Et là, LE choc. Nous sommes béats, envoûtés devant le spectacle. Au coeur d’une jungle extraordinaire, d’arbres magnifiques, gigantesques, aux incroyables racines qui serpentent dans la végétation sur des dizaines de mètre, s’entrecroisent, au coeur de ce monde végétal envahissant et omnipotent, des dizaines d’édifices émergent, dont plusieurs temples pyramidaux qui jaillissent littéralement de la brousse. {Le « Temple I » s’élève à près de 50 m, le « Temple IV » 65 m. Mais pas mal d’arbres de la jungle en font autant.} La « Plaza Mayor » est grandiose. Nous y passons beaucoup de temps, grimpons tous les immenses escaliers des temples (ça vaut mieux, se dit- on, que de les descendre en roulant après s’être fait arracher le coeur), brûlons nos rouleaux de pellicules photo, scrutons à la jumelle les temples distants dont la tête émerge de la canopée… Mais les différents lieux sont bien éloignés les uns des autres, les sentiers chaotiques et non balisés, et il n’y a aucun guide où garde auprès de qui se renseigner… il nous faut 1/2 h pour trouver la « Place des sept temples », en croisant des quantités d’autres édifices encore enfouis, disparaissant presque complètement sous cette incroyable végétation. Nous avons l’impression de découvrir nous-mêmes un site ignoré de tous alors que les travaux ont commencé. {De fait, Tikal devient Patrimoine de l’humanité en 1979 (3 ans plus tard). On en parle alors très peu. Cortès lui-même, pourtant passé dans le secteur, ne l’a pas mentionné dans ses carnets ! Le site fut exploré à partir du milieu du IX° siècle, cartographié en 1956, puis fouillé à partir de 1957, et les fouilles systématiques débutent en 1979… Nous étions bien des pionniers du tourisme au Guatemala} {C’est particulièrement révélateur de lire ça et de se souvenir, près d’un demi siècle plus tard, alors que plus aucun site remarquable du monde n’est laissé ainsi entre les mains et les yeux de visiteurs. Lors de notre voyage, pas de guichet, pas de ticket, pas de guide, pas de pancartes, pas de buvettes… la liberté.} Les divers (7?) monuments de cette place sont en fort mauvais état, pas encore rénovés, et c’est davantage la nature qui nous (me ?) fascine. Nous observons longuement un pic inconnu (le guide ornitho ne faisait pas partie de la liste des indispensables) qui décortique scrupuleusement un gros arbre sans s’occuper de nous (pas de téléobjectif non plus…).
Carnet
Belize, Guatemala, Honduras
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